La dernière nuit

Consigne 44bis – La relecture éditoriale et créative (1)

Pour cette quarante-quatrième bis consigne, à défaut de la phase critique et intégration de la consigne précédente : la quarante-quatrième, ici, je dois simplement réécrire un texte choisi (La nuit fauche la vie, texte de ma première année) en utilisant tous les outils que j’ai pu acquérir en ces deux ans à l’Esprit Livre. Par conséquent, je vous plonge dans l’angoisse avec cette bande d’adolescents qui essayent de survivre tant bien que mal face à un ennemi affamé, qui ne reculera devant rien pour les arracher à leur existence. Voulez-vous savoir s’ils survivront ? Je vous laisse le découvrir en lisant la suite. Bonne lecture !

A peine entrés, nous nous séparons. Chacun sait ce qu’il a à faire. C’est notre routine, notre survie en dépend. Charlie et Amber foncent droit vers la réserve pour prendre à bouffer. Des conserves principalement, le frais étant pourri depuis longtemps. Les jumeaux s’occupent de tout ce qui est indispensable pour survivre cette nuit : lampes-torches, chargeurs et piles, que nous consommons sans compter. Quant à moi, je me garde le coin fringues. On ne s’attarde jamais très longtemps, quinze minutes et pas une seconde de plus. Qui sait ce qui peut arriver dans un endroit clos ? Et puis, la nuit tombe vite ces derniers temps. 

Sans plus attendre, je me précipite à travers les rayons dévalisés, probablement par d’autres survivants qui, eux aussi, ont targatté cette supérette isolée. À la vue de la pancarte “En promotion”, suspendue au-dessus des bacs à vêtements : semblant de civilisation dans ce chaos. Je me jette pour récupérer tout ce qui peut être utile pour lutter contre le froid de la nuit. Néanmoins, je ne peux m’empêcher de rire jaune. Moi qui, il y a une semaine encore, refusais d’acheter des fringues en promotion, me voilà à en récupérer en masse sans me soucier du style et de la couleur. Et dire qu’en plus, hier, j’ai fêté mes 17 ans, mais bon, c’est le dernier de mes soucis en ce moment. Je dois retourner à l’entrée du magasin.

Une fois là-bas, j’aperçois les jumeaux qui sont déjà en train de charger la voiture. Il manque Charlie et Amber. Je regarde ma montre, le soleil est en train de se coucher. Vite, je dois aller les chercher ! Je cours vers la réserve en me jetant sur la poignée de la porte. En l’ouvrant, je les surprends à s’embrasser. Je leur fais la leçon, étant l’aînée du groupe, ce qui déplait à Amber. Elle, qui veut profiter du temps qui lui reste, me rappelle douloureusement la disparition de Bryan, la nuit dernière. Je lui file une gifle sous l’emprise de la colère avant de regretter mon acte en m’excusant, mais Amber a à peine le temps de me répondre que Tyler, l’un des jumeaux, apparaît en sueur.

    — Il faut se magner, bordel ! Elle arrive !

Aussitôt, nous quittons la réserve pour rejoindre le parking. Derrière nous, nous entendons le fracas de la mort. Les fenêtres se brisent les unes après les autres, laissant s’infiltrer la terreur de nos nuits. Elle essaye de nous agripper, mais nous fuyons de toute notre force pour lui échapper. Soudain, Tyler percute une étagère couchée sur le sol. Il s’écroule. Je me retourne pour partir l’aider, lorsque je la vois saisir avec violence Tyler et lui déchirer la chair. Dans un dernier hurlement de souffrance, il disparaît sous nos regards horrifiés. Je crie son nom, mais il est trop tard.

    — Continuons vers la bagnole si nous voulons pas être les prochains ! nous rappelle Amber en reprenant la fuite.

Une fois sur le parking, nous nous grouillons de grimper dans la voiture. Je mets le contact et quitte cet endroit maudit. Nous nous éloignons le plus loin possible. Nous sommes terrifiés, elle a encore eu un de notre groupe ce soir. Je tremble tellement que j’ai du mal à garder fermement mes mains sur le volant. J’entends à l’arrière Charlie, expliquer ce qui vient de se passer au second jumeau. Il se met à pleurer tout en se débattant et en nous criant de le laisser y retourner.

    — Nous ne pouvons pas ! lui répond Charlie en essayant de le retenir pour le calmer.

Malgré l’agitation, j’essaye tant bien que mal de maintenir ma conduite en laissant mon pied posé sur l’accélérateur, mais ça ne change rien, je la vois dans le rétroviseur nous rattraper à une vitesse monstrueuse. J’ai l’impression que c’est sans espoir… Affamée, elle nous bouscule avec fureur à plusieurs reprises. Puis, nous l’entendons compresser la carrosserie, qui commence à se tordre sous l’avidité de cette prédatrice.  

    — Allume les phares ! car elle va nous broyer vivants si ça continue ! me crie Amber.

J’active la commande mais ça ne fonctionne pas. Tout devient noir. Je perds le contrôle du véhicule, qui vient s’écraser contre un arbre. J’ai à peine le temps de prévenir le groupe d’allumer leurs lampes torches, que nous voyons le dernier jumeau sortir en se précipitant dans la nuit pour rejoindre son frère. Nos hurlements ne suffisent pas à le ramener. Il se fait engloutir dans un silence mortuaire. Fuyons à nouveau, nous sortons hors de la voiture.

    — Regardez là-bas ! il y a une cabane plus loin, nous prévient Charlie. 

Sans réfléchir, nous nous élançons sur le chemin, éclairé par la lueur de nos lampes torches. Je jette un coup d’œil rapide derrière moi, elle vient d’avaler la voiture et nos vivres en exposant un rictus sur sa face, ravie que nos chances de survie viennent de se réduire. Ce qui nous donne encore plus de force pour ne pas être son prochain repas. Nous continuons de courir, lorsque soudain la lampe d’Amber clignote, puis s’arrête. La vorace, sans que nous puissions réagir, s’enfonce dans le corps sans défense d’Amber pour lui arracher sa vie, d’un coup sec.

    — Non ! rugit Charlie. 

Assistant à la mort de sa petite-amie, il jette sa lampe-torche sur la meurtrière, et dans un acte désespéré, poings en avant s’avance avec rage vers elle. J’assiste immobile à la scène. Je ne peux rien faire. Je le laisse courir à sa mort, tandis que moi, je reprends ma fuite vers la vie : la cabane. Dès que je l’atteins, j’entre rapidement et je m’enferme en calant une vieille chaise qui s’y trouvait sous la poignée. Je m’assoie en m’adossant contre le mur opposé. Mes jambes tremblent et mon cœur s’accélère de plus en plus. Il ne reste plus que moi. Je ne veux pas mourir. Terrorisée, j’essaye de préserver éclairer l’unique pièce de cette cabane en tenant avec espoir ma lampe torche, mais elle commence à clignoter, lorsque je sens la chaleur de la cabane être absorbée et un froid mortel s’y installer. Autour de moi, des craquements annonciateurs de mon destin se font entendre. Je le sais maintenant. Je suis la suivante. La nuit me fauchera moi aussi.

4 Comments

  • Roy Marie-Josée

    hello Rodolphe, tu as à l’art de glacer le sang de tes lecteurs. Je n’aimerais pas rencontrer cette mystérieuse vorace qui avale les âmes, les êtres dans la l’épaisseur du manteau de la nuit. Heureusement que tu as des histoires gourmandes 🙂

    • Rodolphe

      Bonjour chère Marie-Josée,
      Je te remercie pour ton commentaire sur mon blog ! Haha ! moi aussi, je n’aimerais pas être la proie de cette vorace, friande des âmes humaines ! Bien heureusement, comme tu le soulignes, j’ai d’autres histoires sous la main. Faire peur c’est amusant, faire éblouir c’est réjouissant.
      Je te souhaite une excellente fin d’après-midi.
      Bien affectueusement,
      Rodolphe

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