Une leçon de vie

Consigne 36 – Écrire à partir d’un texte d’auteur

Pour cette trente-sixième consigne, nous devions marcher dans les pas de Rudyard Kipling avec son Livre de la jungle. Sur ton d’adaptation, il nous était demandé de nous imprégner de l’histoire à travers plusieurs lectures lentes. Une fois que cela nous était acquis et familier, nous pouvions nous lancer dans l’écriture de notre nouvelle. Vous voilà donc plongés chères lectrices, cher lecteurs en Orient en compagnie d’un père et de sa fille lors d’une partie de chasse en forêt. Je vous laisse découvrir la suite de cette histoire avec la fameuse morale accrochée à la fin : « il en faut peu pour être heureux ». Je vous souhaite une bonne lecture !

En bordure de la forêt hyrcanienne* au pied de la mer Caspienne, une jeune fille regarde attentivement des empreintes laissées au sol. 

    — Ils ne sont plus très loin, s’adresse-t-elle fièrement à son père qui se tenait derrière elle.

Elle se relève et tous deux, ils s’enfoncent dans la végétation abondante en suivant le tracé du gibier. Ils se déplacent en silence prêtant attention aux moindres petits bruits. Mais la tâche est ardue, car du sommet des arbres une colonie de tourterelles des bois qui a élu domicile vient les taquiner de leur roucoulement. Concentrée, elle ne quitte pas des yeux les traces de ses proies qui la conduisent sur un sentier surplombant les bords de la mer. Elle se remémore sa promesse, celle qu’elle s’est faite avant de quitter le village : de prouver à son père qu’elle aussi, elle peut marcher dans la voie du chasseur. Lui dévoiler à travers ses quinze printemps passés : sa dextérité à l’arc, son sens de l’observation, sa patience, et lui affirmer qu’elle est en âge dorénavant d’être appelée une adulte.

Elle a la sensation que cette chasse l’y aidera. Mais dans les hauteurs, les feuilles se meuvent aux frémissements des vents marins qui ondulent vers le nord. Ce vent la perturbe car chasser avec un vent arrière n’est pas l’atout du chasseur. Elle intensifie sa marche, afin que ses proies ne sentent pas leur présence. Arrivés en face d’un talus, elle remarque qu’ils n’ont pas tourné vers l’est et qu’ils ont continué tout droit. Étrange. Ils s’éloignent du sentier de traque habituel, peut-être ont-ils déjà senti leur odeur ? Elle se retourne. Le vent vient lui souffler fortement le visage. C’est évident. Agacée, elle se mordille la lèvre car son père n’aurait pas commis cette erreur. Elle fait fi de ce faux pas et continue son pistage sans lui jeter un regard. Elle ne sait pas ce qu’il en pense, mais elle se répète cette phrase en silence pour gonfler son moral : je vais réussir, je vais réussir. Quand soudain, elle comprend que ses proies essayent de s’enfuir vers les monts Talych* qui se trouvent au nord-ouest. Elle se met aussitôt à courir en contournant la butte pour leur couper la voie. Son père la suit. Elle circule entre les arbres avec l’aisance d’un félin ; son regard celui du prédateur. Elle se précipite lorsqu’un bruit l’arrête : des sabots piétinant le sol. 

    — Ils sont là, chuchote-t-elle à son père.

Le troupeau vient de s’arrêter pour boire dans une flaque d’eau. Elle sort lentement son arc qui est accroché à son dos et met en joue l’animal le plus proche. C’est une chèvre des montagnes. En bandant son arc, elle prend sa position : le pouce se posant sur la base de sa mâchoire et son index effleurant son oreille droite. Elle inspire, maintient sa respiration, affine son tir en se concentrant pour toucher le cœur : la partie au-dessus des jambes avants. Puis, elle expire tout en décochant sa flèche. La pointe vient se planter là où elle le veut. La bête s’effondre en poussant son dernier cri, un cri de souffrance. Sentant la mort approchée, le reste du groupe s’enfuit. 

    — Joli tir, Zahia, s’exclame son père. 

Elle le remercie et s’approche de sa victime pour lui enlever sa flèche. Zahia est heureuse. Elle se sent portée par une sensation agréable : le goût de la chasse. Son père de son côté lie les quatre jambes de la chèvre entre elles, et la hisse sur son dos. Il se retourne vers sa fille.

    — Rentrons maintenant.

    — Père, les autres chèvres ? nous devons les poursuivre.

    — Non ma fille, nous n’avons pas besoin de plus de nourriture avec cette chèvre cela nous tiendra deux jours. Il ne faut prendre à la nature que ce dont nous avons besoin. 

    — Mais nous pouvons en avoir besoin, plus de nourriture est toujours agréable.

    — S’il en manque, après-demain nous reviendrons mais pour aujourd’hui la chasse est terminée.   

    — Après-demain, ils pourront être déjà loin et rejoindre les montagnes ! 

    — Silence, Zahia ! Obéis aux lois de la nature si tu veux marcher dans la voie du chasseur ; il faut savoir respecter l’équilibre naturel.  

    — Oui… père.

Dépitée, elle range son arc et le suit sur le chemin du village. Durant le trajet, elle ne parle pas bien que son père lui répète les lois de la nature. Dans son esprit, une seule chose l’habite, elle ne pense qu’à ces chèvres qui se sont enfuies. Elle ne veut pas les laisser en vie. Elle a besoin d’éprouver à nouveau cette sensation lorsqu’elle a décoché sa flèche. Une fois rentrée, elle attend la nuit profonde pour s’échapper et rattraper le troupeau. La lune est haute lorsqu’elle s’engouffre une nouvelle fois dans la forêt. Plus le temps de faire attention, elle s’élance au lieu d’où elle a abattu la chèvre. L’adrénaline monte en elle prête à exploser, elle veut absolument ressentir cette sensation. Zahia est complètement dominée par ses pulsions qu’elle ne se rend pas compte qu’elle est arrivée. Elle s’abaisse et observe les empreintes. Elles ne sont pas très profondes. Ils ont de l’avance mais elle sait qu’elle peut les rattraper. Elle se redresse lorsque du feuillage une panthère de perse sort. Crocs en avant, elle émet un grognement qui appelle au meurtre. Zahia terrorisée se fige. La panthère s’avance en exposant de plus en plus ses armes de mort. Zahia ne sait pas quoi faire. Elle essaye de reculer, mais un arbre vient la bloquer. Elle n’y croit pas. Mourir aussi jeune dans cette forêt. Mais une lumière chaude apparaît. Son père armé d’une torche en feu se jette entre la panthère et sa fille. Il exécute des mouvements brusques pour faire fuir le prédateur. Il y arrive en quelques minutes. Zahia s’écroule au sol en pleurant. 

    — Je ne suis pas encore prête pour être une chasseuse… père.

    — Aujourd’hui, tu as appris une leçon, Zahia ! garde la en mémoire car bien que tu aies fauté ; tu as avancé sur la voie du chasseur.

Sa fille le regarde avec tendresse et ensemble ils retournent chez eux.

Lexique

Forêt Hyrcanienne : forêt classée au patrimoine mondial qui longe le sud de la mer Caspienne

Les monts Talych : chaîne de montagnes dans le nord-ouest de l’Iran

Analyse 

En lisant plusieurs fois l’extrait du livre de la jungle, j’ai été fasciné par l’apprentissage de Mowgli au respect des lois de la jungle, mais à un moment, il se détourne pour le clan des singes, qui vivent selon leur propre désir sans se soucier du reste de la jungle. Pourquoi fait-il ça ? Pourquoi se lance-t-il, lui, l’orphelin de la nature élévé par le clan des loups et accueilli par un ours et une panthère sur un sentier égoïste ? Peut-être voulait-il tout simplement ressentir un instant ce qu’était la liberté en s’éloignant du carcan patriarcal de Baloo. Montrant qu’il était maître de sa vie et de ses choix. En ayant toute cette réflexion en mémoire, j’ai décidé d’articuler une nouvelle sur ce moule, en y transposant la voie du chasseur à la place des lois de la jungle, et avec pour personnages un père et une fille en pleine forêt hyrcanienne.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *