Attaque mortelle

Consigne 34 – Modifier des schémas narratifs pour créer de nouvelles histoires

Pour cette trente-quatrième consigne, j’avais le choix entre reprendre une de mes nouvelles ou réécrire un texte de Jacques Sternberg tiré de ses fameux Contes Glacés avec pour seul tempo « l’horreur ». Mon choix a été vite pris, j’aime les défis, alors me voilà parti sur la réadapation de Les ennemis (le texte est en bas d’article). Vous verrez en lisant cette histoire que j’ai fait une transposition complète, oubliant le petit garçon, l’araignée et la mouche, mais en gardant la chute. Je vous laisse entrer dans ce monde de l’horreur et découvrir cette réadaptation. Bonne lecture !

Plus que deux combats et après je rentre à la maison. Heureusement que j’ai eu l’idée de voir l’oncle Jerry la semaine dernière pour acquérir ce nouveau combattant : petit et doté d’une forte carrure. Un vrai concentré de violence ! comme dirait tonton. Avec cette bête féroce, je vais pouvoir me remplir les poches vite fait, bien fait. À moi les gonzesses et la vie facile. Je continue de rouler sur la nationale, doucement, guettant des deux côtés de la voie, afin de ne manquer aucune opportunité de combats. C’est qu’à cette heure tardive, ils sont quelques uns, affamés, fatigués, à rôder en bordure de la chaussée. J’essaye d’observer les moindres recoins, mais j’y arrive mal, il fait bien trop sombre. Gardons les yeux sur la route. J’en profite pour monter le son de la radio, car je les entends, encore, il font trop de bruits derrière. J’espère que le combat sera bientôt fini, c’est que cette nuit, je compte lui donner d’autres adversaires à mon petit gars ! Il y a encore de l’entrainement avant de le faire concourir dans une compétition, une vraie, comme celle proche des Everglades* : lucrative et accessible aux débutants.

En plus, c’est pas loin de chez moi. Je commence à somnoler légérement pendant que je m’écarte du centre-ville. L’éclairage urbain se fait rare. Je ne dois pas roupiller tout de suite, ma tournée n’est pas finie. Tiens, je n’entends plus rien. Je m’arrête. J’ouvre le coffre. Mon pitbull* m’accueille en aboyant, des morceaux de chair à ses pattes. 

    — T’as bien bossé, Thor ! Tu as même repeint l’intérieur du coffre. Je suis fier de toi ! 

Thor est en rage, accroché, il s’agite de toutes ses forces pour m’attaquer. Qu’il garde cette énergie pour le prochain challenger ! Sans plus attendre, je saisis la carcasse sans vie du perdant, et la jette sur le bitume. Il n’y a pas de place pour les faibles dans ma caisse. Je regarde la laisse de Thor, elle tient bon, bien qu’il l’ait rongé à plusieurs endroits. Il faudra que je la change demain en optant pour un modèle en métal. Allez, je dois poursuivre son entraînement. Encore deux combats avant dodo. La nuit est toujours aussi sombre. Je ne vois pas très bien, malgré les phares allumés de la bagnole. Quand soudain, un couinement m’alerte. Cela vient de la gauche, en contrebas de la route. Je décide d’aller voir en laissant mon moteur tourner. Je fais attention, y’a de la descente. Le couinement s’intensifie. Je me rapproche. Près d’un rocher, une masse de poils léche sa plaie. Il a dû se prendre un coup d’un animal sauvage. Dans la région, c’est pas c’qui manque entre ours, alligator et puma. Lorsque je me trouve devant lui, je constate que c’est une femelle : une Golden retriever*. Elle a la patte entaillée. Elle n’est pas en grande forme. Pas grave, ça fera toujours l’affaire pour mon Thor. Je l’attrape par le collet et retourne à la bagnole. Elle ne se débat pas, mais couine de plus en plus, comme si elle pressentait ce qui allait lui arriver. 

    — T’as pas longtemps à attendre ma belle, bientôt, même très bientôt, tu rejoindras l’autre perdant. 

Je grimpe la pente et lance la concurrente dans le coffre. Thor ne semble pas l’attaquer. Il la renifle. C’est pas bon ça. J’agrippe la trique que je laisse habituellement sur le siège arrière, et lui balance des coups dans les côtes.

    — Tu vas l’attaquer, bordel !

Il ne bouge pas, ne hurle pas, mais il me dévisage de son regard menaçant. Je continue de le frapper. Après quelques minutes et à bout de souffle, je referme le coffre et reviens à la place du conducteur. Ah ! il veut se la jouer comme ça, le cador, il va voir. J’accélère en donnant des coups rapide dans le volant à gauche, à droite. Je les entends à l’arrière se cogner contre les parois. Je persévère sur cinq kilomètres. Arrivé à une succession de virages, je ne ralentis pas. Je poursuis ma séance de dressage. Je vais lui montrer qui est le maître. Dès que je sors de la série de virages, une route droite me fait face. Je regarde l’heure sur le tableau de bord : il est pas loin de trois heures du mat. Je pense que je vais larguer la femelle ici, et rentrer à la maison en espérant que Thor en a fait son affaire. Mal-en-point comme elle était, ça a dû être rapide. J’arrête la bagnole. Je descends. Le calme avant la tempête. Bah ! avec ce silence, je vais roupiller sur place, moi. J’arrive devant le coffre. Je l’ouvre. Thor libéré de son entrave se jette sur moi. Avec sa gueule, il m’agrippe le cou. Je sens ses crocs s’enfoncer et me déchirer la peau. Immédiatement, je contre-attaque et lui envoie un coup de poing dans la mâchoire. Il relâche sa prise, puis s’éloigne de moi. Je compresse ma blessure avec ma main, du sang s’échappe entre mes doigts. Je me redresse. Où est cette saloperie ! Je perds du sang, beaucoup trop. Je ne vais pas crever ici comme un sale clébard. Je commence à ressentir des étourdissements. Je m’écroule sur les genoux. Je vois Thor qui avance vers moi, en grognant. Il vient m’achever ce bâtard. Je dois entrer rapidement dans la bagnole, je serai en sécurité. Je place une main sur le rebord du coffre pour m’aider à me relever. J’y arrive. Je me retourne. La femelle se jette sur moi. Affaibli, son poids me fait chuter en arrière. Elle s’attaque à ma jambe. Thor approche, l’allure triomphante. Sa tête se retrouve au-dessus de la mienne. Je sens son souffle. Le dernier souffle que je ressentirai, celui de la mort. Il m’achève en m’arrachant la carotide.  

Everglades : parc national situé en Floride, qui est composé principalement de mangroves, et abrite une centaine d’espèces animales.  

Pitbull : chien à poil ras. Il est interdit dans beaucoup de pays dont les États-Unis. Au 19ème siècle, cet animal était dressé pour des combats de chiens et de taureaux.

Golden retriever : chien emblématique du “rêve américain”. Il arbore toujours un pelage de couleur crème.

Texte réadapté Les ennemis

Tout d’abord, l’enfant avait capturé l’araignée. Il l’avait enfermée dans une boîte. Puis il avait capturé la mouche. Il l’avait enfermée dans une autre boîte.

Après quelques jours, quand l’araignée lui parut de taille à attaquer et la mouche de taille à se défendre, il déversa les deux adversaires dans un bocal en verre. L’enfant passa toute la soirée à guetter le drame, mais l’araignée s’était nichée dans un coin et la mouche dans un autre.

Ereinté, à bout de patience, l’enfant s’endormit. Alors l’araignée bougea et la mouche aussi. Les deux insectes s’accrochèrent à la paroi de verre, ils firent craquer le couvercle de leur prison et, en six minutes, ils dévorèrent l’enfant.

2 Comments

  • Marie-Louise Nolte

    Hello Rodolphe ! Quel texte sanglant ! Mais très bien écrit et facile à lire. Bravo ! J’avais déjà entendu parler des combats de chiens avec mises à l’appui. Mais ta façon de raconter donne un relief cruel à l’ensemble de ta nouvelle. Finalement, comme tu ne donnes pas la préférence à aucun des protagonistes ( le type est antipathique) et que l’on sait que les chiens, surtout les pitbulls sont cruels et s’attaquent à l’homme, on trouve le couple de chien qui fait alliance contre le maître tortionnaire plutôt sympathique. Enfin je te donne mon ressenti.
    Comme le temps passe… tu en es déjà à ta trente quatrième consigne… Je n’en reviens pas ! Et Je te sens toujours en progression. Bravo, c’est de la bonne ouvrage tout ça ! À très bientôt te lire.
    Marie-Louise

    • Rodolphe

      Bonjour Marie-Louise,
      J’espère que tu te portes bien. Je te remercie pour ton commentaire sur mon blog. Effectivement, le fait que j’ai choisi comme race de chien pour cette nouvelle un pitbull, cela renvoie plus de violence que si j’avais opté pour un york terrier haha ! En fait j’ai opté pour le pitbull, car il était souvent utilisé pour les combats de chien dû à son agressivité naturelle.
      Oui, le temps passe si vite, je suis bientôt à la fin de la deuxième année !
      Merci encore d’être présente dans mon apprentissage et de ton soutien !
      Je te souhaite une douce après-midi,
      Rodolphe

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