Zigouilli, un pas vers le monde des grands

Consigne 29 – L’adaptation : réécrire un texte pour des enfants

Pour cette vingt-neuvième consigne, il me fallait adapter une nouvelle de Maupassant « Une ruse » à un très jeune public. Nouvelle retraçant le subterfuge d’un médecin qu’en à la proposition de ses « services » à une jeune patiente, réticente du danger de l’infidélité. Car, par le passé celui-là même a tiré d’une mauvaise passe une femme adultère, qui a vu son amant décédé dans le lit conjugal, d’un malaise cardiaque en plein ébat amoureux. Récit complètement amoral, je devais en adapter l’esprit. Par conséquent, vous voici plongés dans une histoire pour enfant, où le mensonge apporte sa dose de danger, surtout la nuit. Découvrirez-vous ce qui se cache dans l’obscurité, lorsque votre cœur est lourd du mensonge ? Préparez-vous !

Dans une boulangerie de quartier, une petite fille est venue pour acheter sa baguette de pain. Sa maman l’attend à l’extérieur. Elle a l’habitude d’entrer seule, car cela la rend joyeuse d’être grande comme ses parents. Mais aujourd’hui, elle est triste, son gros sourire a disparu. Alors, son ami le boulanger qui a remarqué ce changement de caractère lui demande.

– Pourquoi tu es triste, Léa ? 

La petite fille, les yeux gonflés de larmes, relève la tête.

– J’ai fait quelque chose de pas bien…

Le boulanger, inquiet, la fait passer derrière le comptoir, et s’agenouille en face d’elle.

– Raconte-moi, je peux peut-être t’aider ?

– Je…je… suis vraiment une méchante amie.

– Pourquoi tu penses ça ? 

Léa se met à pleurer. Ses larmes coulent et tombent à ses pieds. La voix tremblante, elle se confie.

– J’ai cassé le serre-tête de ma meilleure amie, et quand hier elle m’a demandé de lui rendre, j’ai menti… j’ai dit que je l’ai oublié à la maison. J’ai peur de lui dire la vérité.

Elle continue de pleurer sans s’arrêter. Le boulanger la regarde avec tendresse, et lui pose sa main sur son épaule.

– Léa, si tu gardes ce mensonge dans ton cœur, tu vas continuer à te sentir mal. Il faut que tu lui dises la vérité.

– Mais… je peux pas, c’est son préféré.

– Écoute, peut-être que cette histoire va te faire réfléchir. Je la connais depuis que je suis jeune boulanger.

Il se gratte la barbe, tousse un bon coup pour éclaircir sa voix, et commence à raconter son histoire.

– Il y a exactement 28 ans. Une petite fille, tout comme toi, avait un gros mensonge dans son cœur. Un jour qu’elle est rentrée de l’école toute excitée que sa journée soit finie, pose brusquement son cartable sur le guéridon près de la fenêtre, mais dans sa précipitation, PAF ! elle renverse le vase qui était dessus. C’était le préféré de sa maman, maintenant, il était en morceaux sur le sol. La petite fille, complètement apeurée décide de cacher son méfait. Elle récupère tous les morceaux, sans en oublier un, pour les dissimuler dans sa chambre. Elle réfléchit ensuite à la réponse qu’elle donnera à sa maman, car lorsqu’elle rentrera, et qu’elle verra que le vase n’est plus là, elle demandera à sa fille : “Où est le vase ?”. Alors, il lui fallait un bon mensonge, un bien gros, un bien ficelé.

– Comment elle a fait ?

– Eh bien, durant cette fin d’après-midi, le vent soufflait très fort. Il entrait dans la maison et faisait beaucoup de bruit. Soudain, la fenêtre s’ouvre et se ferme brutalement, ce qui fait sursauter la petite fille. Elle se retourne et, une idée lui apparut. Le coupable serait le vent, avec ses bourrasques il lui était facile de renverser le vase. C’est ce qu’elle dira à sa maman plus tard dans la journée, lors de son retour à la maison. La petite fille était soulagée. Personne ne saurait que c’était elle la coupable. Du coup, elle reprend sa journée en toute tranquillité.

– Elle s’est pas fait prendre ?

– Écoute la suite. Elle passe voir sa meilleure amie qui est sa voisine. Prend le quatre-heures avec elle, puis rentre à la maison. Une fois qu’il était l’heure d’aller au lit, elle se dirige vers sa chambre. La petite fille très fatiguée était sûre qu’allongée dans son lit, elle n’avait pas besoin de compter les moutons jusqu’à cent. Une fois installée et prête à dormir, ses yeux commencent à se fermer. Doucement, elle suivait le chemin vers le monde des rêves. Elle voyait déjà les arcs-en-ciel et les fontaines de chocolats qui l’attendaient. Mais, un petit bruit se fait entendre, comme un chuchotement. Elle tend l’oreille pour mieux écouter. Elle comprend que c’est une phrase, qui se répète et se répète, en boucle et sans s’arrêter. Elle se concentre, cinq mots apparaissent : tu, es, une, vilaine, fille. Surprise, elle se lève immédiatement et saute hors de son lit. Une petite créature, les oreilles longues et le menton allongé la regarde depuis son oreiller. Ses yeux sont d’un jaune brillant. Son sourir montre ses dents sales, qui sont probablement brossées qu’une fois par an.

– Ah ! mais ça fait peur !

– La petite fille, elle aussi a peur, mais elle lui demande : « T’es qui ? » Le trouble-fête se présente : “J’suis un zigouilli et j’viens zigouiller ton temps de sommeil, car t’es une vilaine, mais très vilaine fille !” Elle proteste : “Mais t’as pas le droit ! comment t’es entré d’abord ?” Il lui rétorque : “J’ai tous les droits avec les vilaines filles, avec mes frères on va pas arrêter de faire des bêtises pour t’empêcher de dormir.” La petite fille le regarde, et se pince la peau. Non, elle ne rêve pas : “Mais, je suis pas une vilaine fille, moi !” Trop tard, plusieurs zigouillis apparaissent autour d’elle comme par magie. Ils se mettent à tourner dans la pièce en détruisant tout, et en chantant très fort “Oh ! la vilaine fille, la vilaine fille.”

– Et ses parents, ils ne disent rien ?

– Étrangement, ils ne remarquent pas tout ce tintamarre. Peut-être, était-ce la magie des zigouillis qui empêchait que le bruit sorte de la chambre. La petite fille est piégée. Alors, elle supplie : “Qu’est-ce que je peux faire pour que vous partez ?” Un vieux zigouilli à la barbe blanche et longue qui frôlait le sol répond : “Tu dois dire la vérité à ta maman, sinon nous continuerons de t’embêter chaque soir.” Le lendemain matin, elle confie à sa mère sa bêtise. Et le soir même, plus aucun zigouilli n’est revenu. 

Léa a la bouche grande ouverte.

– Pourquoi tu m’as raconté une histoire comme ça ?

– C’est parce que tu dois faire attention, si tu gardes ce mensonge trop longtemps, les zigouillis risquent de le voir et te rendre visite chaque nuit.

– Oh non ! je veux pas !

Le boulanger se redresse et se met à rire. La maman de la petite fille qui est entrée pour écouter discrètement l’histoire, s’adresse à son enfant.

– C’est qu’il faut se méfier de ces zigouillis !

– Ta maman a raison. Elle la connaît bien cette histoire, alors suis son conseil, reprend-il.

La maman se retourne, et elle échange un regard complice avec le boulanger. En rentrant, Léa avoue la vérité à sa meilleure amie.

4 Comments

    • Rodolphe

      Bonjour Marie-Ange,
      Merci pour ton commentaire. Je suis heureux que cette petite histoire t’ait fait passer un agréable moment.
      Je te souhaite une bonne soirée,
      Rodolphe

  • Sabrina P.

    Je me rappelle avoir lu cette consigne plusieurs fois, et j’ai beaucoup apprécié ton invention des Zigouillis, je n’ai pas envie qu’ils viennent me visiter pendant la nuit non plus ahah ! Je crois que tu t’es bien approprié la consigne, et c’est un joli texte qui conviendrait tout à fait pour les enfants, c’est frais et en même temps, à la fin, on se pose des questions avec ce boulanger… Bref, un plaisir ! Belle journée !

    • Rodolphe

      Bonsoir Sabrina !
      Merci beaucoup pour ton retour sur ce texte. Haha ! Il faut alors faire attention avec le mensonge pour éviter cette rencontre nocturne ! J’ai trouvé que Zigouillis, cela collait bien avec le thème. Merci encore et heureux d’apprendre que cela t’ait plu !
      Je te souhaite une bonne soirée,
      Rodolphe

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