Invitation à la liberté

Consigne 28 – Le resserrement : réécrire le livre de Richard Bach, Jonathan Livingston le Goéland en 4 pages maximum

Pour cette vingt-huitième consigne, le resserrement était à l’honneur. Je devais réécrire le célèbre livre de Bach avec son Jonathan le goéland qui aspirait à la liberté. Récit des plus envoûtants sur le dépassement de soi et de l’accomplissement personnel. Dans cette version de 4 pages « maximum », bon, je suis plus sur 7 pages, mais après tout l’écriture n’est-ce pas de la générosité ? Je vous compte son histoire, mais à travers mon regard et mes mots. Alors, armez-vous d’écoute, de réléxion, et de patience, car le voyage commence maintenant !

Il n’y a rien de plus beau que de contempler aux premières lueurs du jour, l’astre du matin apparaissant derrière l’horizon. La lumière, doucement, qui émerge. Ce spectacle du quotidien, un jeune goéland du nom de Jonathan avait eu l’idée d’en apprécier les douceurs. Un frémissement, une légère brise parvient à ses ailes. L’appel du vent le titillait. Sur un rocher planté au bord de la mer, il regarde les membres de son clan qui dormaient encore. Juste quelques battements et je reviens, se dit-il en s’élançant au-dessus de l’onde scintillante. Il vole aussi proche qu’il pouvait s’en approcher, afin de sentir l’écume lui fouetter le bout de son bec.

Mais Jonathan ne s’arrête pas là. Il regarde les hauteurs, majestueuses et silencieuses, elles l’appellent également. Se redressant, il tire ses ailes pour leurs donner suffisamment d’envergure pour atteindre cet espace jusqu’alors inaccessible. Personne de son clan n’est allé dans cette direction. Mais à peine a-t-il quitté le premier palier, que ses parents l’interpellent au loin. 

– Tu ne vas pas encore t’y remettre, intime sa mère.

– Les goélands ne sont faits que pour planer, afin de rejoindre leur repas, continue son père.

– Mais pourquoi ne pouvons-nous pas voler pour aller plus haut ? 

– Cesse d’exprimer de telles sottises, tu es un goéland, pas un albatros ni un pélican. Tu es bien un résident des basses altitudes qui se sert de son vol pour se nourrir. 

– Mais….

– Il n’y a pas de mais, retourne sur terre et rejoins-nous pour le petit-déjeuner, clôture son père.

Jonathan jette un regard vers ce monde qui lui est interdit avant d’entamer sa descente. Il atterrit sur un rocher et décide d’y rester. Il n’a pas faim. Il a seulement besoin de liberté. Il regarde son espèce ici et là se nourrissant au gré des poissons apparents. Ils sont limités dans leur potentiel, pense-t-il. Il sait qu’il peut emmener son clan vers un autre chemin, celui de la hauteur. Il veut leur prouver qu’ils se trompent, et qu’un destin incroyable attend à leur porte. Mais pour l’heure, les hauteurs continuent de l’appeler. Il n’en peut plus, il décide de ne pas écouter ses parents. Il s’envole à nouveau. L’appel est beaucoup trop grand. Il se dirige vers l’inconnu, animé de cette soif de découverte. Il veut apprendre sur l’ensemble des éléments qui l’entourent, et sur ses propres capacités. Le monde est beau et si vaste, je me sens vibrer, je veux aller plus loin, bien plus loin que l’entendement. Les jours suivants, il les passe en vol à expérimenter différentes vitesses et figures aériennes. Il cherche à pourfendre les limites de son corps, et prouver à son clan que les goélands peuvent voler. Jonathan décide de se jeter des hauteurs pour gagner en accélération, mais celles-ci sont tellement élevées, qu’il perd le contrôle et s’écrase sur l’eau. Il revient sur le rocher tout trempé. Il me manque quelque chose ! je le ressens. La nuit arrive et porte cette réflexion jusqu’à son sommeil. Il s’endort, rêvant de dépasser sa vitesse. Il se voit toucher le soleil et voler au-dessus des mers de nuages. Son vol parfait supplantant sa condition de goéland. Il est, un oiseau libre, qui parcourt les environs sans difficulté. Ces pensées d’un futur espéré continuent de l’habiter en rêve. 

Un nouveau matin approche. La chaleur vient caresser l’extrémité des plumes de sa robe blanche. Ses yeux s’entrouvrent sur une nouvelle journée. Il regarde autour de lui. Personne. Les membres de son clan sont déjà partis en quête de nourriture. Jonathan se lève et déplie ses ailes de leur longueur. À ce moment, une puissante bourrasque vient le percuter, et l’envoie à la mer. Ah ! elle est glacée, grogne-t-il. Il s’agrippe à la roche, lorsqu’une idée lui traverse l’esprit : la clé de la solution. Ce sont mes ailes le problème, si elles étaient moins longues, le vent aurait moins d’emprise sur moi, conclut-il. Il se hisse sur la terre ferme et commence à s’ébattre pour faire fuir l’eau de son plumage. Il sait ce qu’il doit faire. Sans plus tarder et une fois complètement sec, il retourne dans le ciel. Plus haut, plus haut, encore plus haut, toujours plus haut, Jonathan se trouve à plusieurs milliers de mètres du sol. Il se retourne, et plonge bec en avant. Son accélération prend de l’ampleur, rapidement, la première centaine de kilomètres par heure est atteinte. La pression le compresse, et plaque ses plumes le long de son corps, l’allure augmente, maintenant, il est à deux cents kilomètres-heure. L’adrénaline se diffuse en lui. C’est bon, c’est le moment ! s’écrie Jonathan. Il déploie ses ailes avec fermeté en les pliant sur leur moitié, afin qu’elles deviennent plus courtes. Il se dresse avec vigueur, face à cette vitesse hors du commun pour un simple goéland, puis se redresse à l’horizontal. Il dépasse les trois cents kilomètres-heure. Le voilà filant à vive allure en bordure des nuages. Jonathan se sent libre. Il est arrivé à dompter sa vitesse. Il poursuit son vol avec entrain, il a hâte de pouvoir raconter aux siens la prouesse dont il a été capable aujourd’hui. Rendre compte pour qu’ils constatent, que les goélands peuvent évoluer. Il est impatient de leurs montrer. Il se dirige vers le rocher. Là, des membres de son clan, ainsi que les anciens se sont regroupés. Jonathan initie sa descente et rejoint cette assemblée, qui semblait l’attendre. Il atterrit au milieu d’eux. 

– Jonathan Livingston, pourquoi t’es-tu retiré aux confins de notre lieu d’habitation ? interroge de sa voix éraillée, un sage du clan des goélands.  

– Je… je suis parti pour découvrir une nouvelle façon de voler, sort-il timidement.

– Une nouvelle façon de voler dis-tu ? ne sais-tu donc pas qu’un goéland est fait pour planer et non voler dans les hauteurs ?  

– Le vol est un outil de survie et non de jouissance, Jonathan, reprend un autre sage qui est plus jeune que le premier. 

– Mais je viens de découvrir que nous pouvons avoir mieux. Nous servir du vol comme un moyen et non comme un outil. Nous pourrons voyager en toute liberté. Vous ne rêvez pas de déceler les particularités de notre métabolisme, et comprendre ce dont nous sommes capables, lorsque nos esprits ne sont pas entravés par nos règles de survie ? 

Jonathan se sent pousser par une force du moment. Il veut absolument convaincre, ouvrir les yeux de ses semblables, qui semblent aveuglés par leur ignorance. 

– Le chemin est devant nous, nous n’avons qu’à le saisir. Je vous en prie, pensez-y sérieusement, continue Jonathan. 

– Je constate que ton esprit est allé bien trop loin mon enfant. Tu t’es égaré des sentiers de cette nature qui nous est propre, rétorque le plus âgé de cette assemblée.

– Au contraire, il faut aller loin pour voir ce que nous sommes ! Nous ne pouvons pas continuellement suivre les dogmes du passé. Notre espèce doit évoluer vers notre liberté !

– Cesse donc ces sornettes, Jonathan ! Elles ne sont que le fruit de ta rébellion. Tu n’es pas digne d’être l’un des nôtres, décrète fermement l’ancien à la voix éraillée.  

– Si tel est le cas, comme l’a souligné notre frère aîné, je vote pour l’exclusion à vie de Jonathan, le subversif, réclame le second ancien.

Le vote est lancé à l’intégralité du clan. Jonathan n’en croit pas ses yeux. Son exclusion est prononcée. Ils lui ordonnent de quitter le clan immédiatement, conséquence de sa différence. Pour garder ses convictions, dorénavant, il doit avancer seul. Il tourne le dos au passé, sans un regard adressé à cette famille qui a été la sienne durant ces années. Il inspire de tout son souffle une dernière fois l’air de son foyer, puis décolle vers les cieux. Sa route ne fait que commencer. L’apprentissage de toutes ces connaissances n’est pas fini, beaucoup de choses encore sont à découvrir. Il a hâte. Son cap : droit devant. Plus personne pour lui empêcher d’atteindre la maîtrise du vol. Il veut sentir la liberté, dépasser ses limites, comprendre le monde. Et arriver aux portes de la perfection. Il glisse sur le vent, bercé par son souffle qui le porte loin. Jonathan est libre. Pris d’une énergie soudaine, il pousse ses limites à des hauteurs prodigieuses. Ses ailes raccourcies lui donnent la pleine mobilité pour exécuter des *tonneaux déclenchés. Un, deux, trois, à la fin du dernier tonneau, il étire ses membres vers l’arrière, afin de percer la vitesse. Sa rapidité est inouïe. Il vole en faisant pleinement partie du ciel. Son excitation le pousse à une autre figure. Il décroche et part en direction du sol en *vrillant. Son allure augmente à la vitesse de sa descente. Il tournoie sur lui-même, telle une spirale s’enfonçant dans les profondeurs de sa chute. Son rythme est fabuleux. Un son aigu vient lui tirer les oreilles. Il est assez bas, c’est le signal. Il adapte son orientation et se redresse calmement pour épouser la ligne d’horizon. C’est réussi. Il continue sa trajectoire en se laissant porter par le courant. Il flotte, son corps toujours en effervescence. Il profite du paysage et des derniers rayons du soleil qui entament leur déclin. C’est agréable, dit-il en fermant les yeux. Tout est noir. Le calme est absolu. Il se sent vivre à nouveau. Dans cette nouvelle vie, il veut tendre vers la perfection absolue, en faire son objectif primordial. Soudainement, une lumière vient percer le voile de l’obscurité. Ébloui, il réouvre ses yeux et l’incroyable surgit. Deux goélands habillés d’un halo étincelant traversent la nuit. Leurs ailes sont elles aussi pliées de moitié. Jonathan surpris les interpellent.

– Que faites-vous aussi haut, mes frères ?

– Nous voyageons, portés par les vents sur des chemins sinueux qui nous sont inconnus, répond un des goélands.

– Mais, vous volez ! vous ne vous servez pas du vol seulement pour vous nourrir ?

– Bien sûr que non, le vol est une richesse qu’il faut chérir et dompter, répond l’autre goéland.

– Emmenez-moi, là où cet enseignement est appris.

Ils le regardent un instant, et d’un signe de l’aile l’enjoignent à poursuivre avec eux leur route. Ils s’éclipsent tous trois dans les profondeurs de la nuit cheminant vers cette terre de connaissance. Au petit matin, le groupe arrive en un lieu, où des vagues sauvages frappent de leur ferocité des falaises qui surplombent un océan infini. En l’air, voltigeant parmi les nuages des goélands s’adonnent à leur plaisir. Il me semble que j’ai trouvé mon paradis ! Mon voyage s’arrête ici. Jonathan a trouvé son oasis de liberté, où ses congénères tout comme lui appréciaient le vol.

Les mois ont défilé depuis son arrivée en cette colonie de goélands ouverte sur le monde. Il perfectionne ses techniques de vol avec son nouvel ami, Sullivan. Encore aujourd’hui, ils sont sortis, appelés par les vents.

– Le dernier *looping était parfait, Jonathan, félicite avec admiration Sullivan.

– Je te remercie, mais tu n’es pas en reste avec cette *chandelle précise et bien effectuée.

– Ha ! Merci de ce compliment, mais d’ailleurs tu ne dois pas voir l’ancêtre, Chiang, tout à l’heure ?

– Oui, il veut m’entretenir d’un point important, je dois y aller, mais après cette dernière course où je te défie de me battre.

– Relevé ! lance enthousiaste, Sullivan.

Le top départ est lancé. Ils s’élancent à vive allure hors des falaises, les yeux pétillants d’exaltation. Le monde au creux de leurs palmes. Ce n’est qu’en fin de journée que Jonathan retrouve Chiang. Lorsqu’il approche de lui, le vieux goéland est assis face à la mer, les yeux clos. Jonathan essaye de le tirer de sa somnolence. 

– Maître ?

Pas de réponse.

– Maître, vous dormez ?

Chiang se mit à bouger légèrement et ouvrit les yeux. Son regard fatigué par les années, portait une flamme mystérieuse.

– Jonathan, mon cher disciple, je t’attendais.

– Vous m’attendiez, maître ?

– Oui, une question, je devais te poser. Sais-tu voler ?

– Voler ! Mais bien sûr que je le sais, je vole haut, loin et vite. 

– Certes, tu connais les secrets de la surface et du monde qui t’entoure, mais voler ce n’est pas seulement deux ailes qui battent à l’unisson dans un espace suspendu par le vent, non, c’est aussi un corps qui se meut par la pensée.

– Que dites-vous là, par la pensée ?

– Oui, regarde, je vais te montrer.

Jonathan observe son maître attentivement, qui commence à inspirer et relâcher l’ensemble de son corps. Il ferme les yeux et disparaît subitement à la grande surprise de son disciple. Il le cherche à droite, à gauche, se retourne, l’appelle au loin, mais pas de réponse. Aucune trace de Chiang. Mais une voix l’interpelle au-dessus de lui. Il redresse la tête et voit le vieux goéland qui vole sur les hauteurs. Mais comment a-t-il fait pour arriver là-haut ? s’interroge Jonathan. Sa question encore posée sur ses lèvres, que Chiang se volatilise à nouveau pour se retrouver face à lui.

– C’est incroyable ! s’exclame-t-il à la vue de ce prodige.

– Non, ce n’est que l’aboutissement de la maîtrise du vol et l’avant dernier pas vers la perfection absolue. Le vol par la pensée ou le déplacement instantané est une visualisation de ton point d’arrivée. Tu dois en faire ton ancrage. Être attiré par sa force et te laisser absorber par son énergie. 

– Je veux essayer ! mais, il y a une dernière étape avant cet achèvement complet ?  

– Oui, mais je t’en parlerai quand tu auras réussi le vol par la pensée en me rejoignant. 

Il remercie son maître et se lance dans l’entraînement de cette voie. Les prochains jours, il les passent exclusivement à l’apprentissage de cette technique. De l’aube jusqu’au noir absolu de la nuit, il ne s’arrête pas. À plusieurs reprises, il essaye, se concentre, mais n’y arrive pas. Il doit vider son esprit et fixer sa pensée sur son arrivée. Je souhaite rejoindre maître Chiang. Il se laisse absorber par ce désir qui commence peu à peu à l’envahir. Je veux rejoindre maître Chiang. Cette énergie se transforme en une ancre, elle voyage et se cristallise là où l’attend son accomplissement. Je vais rejoindre maître Chiang ! Il sent au fond de lui une force qui éclate, et qui l’étire vers cette destination. La lumière l’éblouie, il peine à garder ses yeux ouverts. Lorsque cette intense luminosité s’estompe et qu’il retrouve ses sens, il est autre part dans un lieu inconnu. Les arbres ont de l’eau jusqu’à leur buste, et deux soleils gravitent dans ce ciel qui arbore des couleurs pastels. Je suis au paradis ! s’exclame-il avec joie. Chiang qui était à ses côtés le reprend.

– Tu n’es pas au paradis, Jonathan, tu es dans un autre monde.

– Comment cela ?

– Tu as voyagé en ce lieu où je me trouvais. Le vol par la pensée te permet de transcender la vitesse et te déplacer en un battement d’aile dans une autre dimension. 

– C’est stupéfiant !

– Tout est une question de vide et de concentration. Tu es arrivé mon cher élève à la dernière étape de ton apprentissage. Je vais te confier maintenant l’enseignement suprême du vol : c’est l’amour.

– L’amour ? 

– Oui, l’estime de ton prochain, la transmission, le don de soi, tout cela est figé en un et unique mot “amour”. 

Jonathan regarde son maître en réfléchissant. Aider son prochain, lui transmettre les connaissances du vol et leurs donner le goût de la liberté, tout cela serait l’amour ? l’enseignement suprême, pense-t-il à voix haute.

– Je comprends maître Chiang, il me faut avancer dorénavant sur ce sentier.

– Je suis fier de toi, tu as encore beaucoup de choses à accomplir avant de pouvoir passer ce relais à ton prochain. Il est temps pour moi de partir, et rejoindre l’infini du firmament. Je te laisse poursuivre cet héritage.

Le vieux goéland prend une dernière fois son envol et s’élève par delà les cieux en laissant derrière lui un Jonathan triste, mais confiant en sa mission. Il devait retourner dans son clan et faire la paix avec son passé. Une fois ses larmes séchées, il retourne sur terre. Et après avoir tenu au courant ses différents camarades sur son départ, il part retrouver son ancien foyer, malgré les conseils de Sullivan, qui lui demandait de bien réfléchir, en ayant à l’esprit ce dicton de mise en garde : “Un goéland voit aussi loin que son envergure le porte”. Jonathan sait ce qu’il doit faire. Il rassure son ami et lui dit au revoir en quittant ses falaises, qui l’ont abritées durant ses moments précieux, une richesse qu’il gardera au fond de lui. 

Après une semaine de voyage, il rencontre sur son chemin un goéland qui semblait perdu.

– Mon frère, t’es-tu égaré sur ta route ? interroge Jonathan.

– Non ! on m’a rejeté du clan, car je voulais voler librement, et maintenant j’erre sans but parmis les vents. 

– Comment t’appelles-tu ? 

– Fletcher est mon nom ! donne-t-il avec entrain son prénom. 

– Eh bien, Fletcher, que dirais-tu de voler avec moi et ressentir cette nature qu’est la liberté ?

Sans se faire attendre, il opine du bec avec enthousiasme. Ce Fletcher a trouvé en Jonathan, un maître de vol. C’est ensemble, qu’ils continuent la route. Durant ce cheminement qui a permis d’entraîner Fletcher aux figures aériennes, il commence à percevoir, jour après jour, sa maîtrise s’affiner. Il vole, perce, trace en spirale dans le ciel une courbe parfaite. Cet élève rend fier, Jonathan, car rapidement, il comprend les bases du vol à haute vitesse. 

– Continue comme ça, Fletcher, bientôt, je t’apprendrai la prochaine étape.

– J’ai hâte !

Les deux compagnons poursuivent leur chemin à l’ombre du soleil qui terminait cette journée, demain ils arriveront au clan. Jonathan était impatient, il a hâte de retrouver les siens, et de corriger ses erreurs. Le lendemain, au petit matin, des piaillements de nombreux goélands se faisaient entendre. Ils sont arrivés. Le clan entier à leur portée, planait dans tous les sens, afin de chercher leur nourriture. 

– Ils sont si bas, indique Fletcher. 

– Viens, nous devons annoncer notre présence.  

Ils descendent délicatement, portés par des brises matinales. Leur trajectoire dessine des formes épurées, comme s’ils dansaient avec les éléments. D’une droiture parfaite, ils représentaient l’accomplissement du vol. Ils étaient magnifiques, leurs manteaux d’un blanc pur et éclatant reflétaient les rayons du soleil. Quelques membres du clan aperçoivent cette scène qui tombait du ciel. Des anges ! dit un jeune goéland. Leur vue provoque immédiatement une bousculade générale. Plusieurs, curieux de cette situation, veulent aller à leur rencontre, mais les anciens veillent au respect des lois, et somment tout le monde de stopper ce tumulte. Il en est ainsi, Jonathan et Fletcher sont des bannis, et personne dans le clan ne doit leur adresser la parole sous peine d’être à leur tour exclus. Un silence pesant prend possession des lieux. Mais l’un d’entre eux se lève, puis un deuxième, un troisième et cela jusqu’à six. Ils s’enfuient rejoindre ces anges venus du ciel, sans se soucier des conséquences de leur acte. Fletcher leur apprend comment dépasser les limites de leur vitesse. Ce petit groupe est libéré de l’emprise du clan. À ce moment, un goéland à l’aile gauche paralysée s’approche de Jonathan. 

– Mais comment faire pour me dépasser ? je suis handicapé d’une aile. Je t’en conjure, aide-moi à m’envoler plus haut.

– Tu es libre maintenant, le carcan du passé t’a été ôté. Si tu souhaites vraiment voler, alors vole !

Sur cette incitation, il s’élance sur les hauteurs, et l’impensable se produit. Le goéland se met à voler avec une incroyable simplicité.

– Je vole ! Regardez-tous ! s’écrit-il au clan.

Ce miracle pousse d’autres de ses congénères à rejoindre le porteur d’une nouvelle philosophie. Quelques jours après, Fletcher, en voulant progresser rapidement s’écrase contre un rocher en évitant un jeune goéland qui prenait son envol. Tout le monde qui est présent l’encercle.

– Je…vais…mourir, gémit-il péniblement.  

– Pas encore mon jeune disciple, le corps n’est qu’un reflet de la pensée, tu dois avancer avec tempérance sur le chemin de la connaissance absolue, répond Jonathan.

C’en est trop. Le clan, d’une colère brutale se jette contre le maître, et le disciple qui gisait encore au sol.   

– Ne t’inquiète pas, donne-moi ton aile, ordonne gentiment Jonathan.

C’est ce qu’il fait immédiatement. D’un coup, le duo disparaît à la vue incrédule de leurs poursuivants. Ils se retrouvent à plusieurs kilomètres à l’abri. Fletcher est surpris, il demande par quelle magie, cela a été possible d’échapper à l’attaque. Jonathan le regarde avec tendresse, et lui parle du vol par la pensée. La transmission est en route. Dans les jours qui suivent, beaucoup plus de goélands rejoignent cette philosophie du libre vol. Le ciel est empli de corps libérés. Un mouvement de pensée est né. Un cycle arrive bientôt à sa fin, et un nouveau commence. Jonathan sait qu’il est temps de prendre son dernier envol et rejoindre son maître, Chiang, par delà le firmament.

– Je dois partir mon cher disciple, il est l’heure, je te laisse poursuivre cet héritage.

– Mais comment je dois faire, je n’ai pas ta sagesse !

– Tu l’as au fond de toi, il te faut seulement l’extraire, et conserver l’amour que tu as pour ton prochain.

Des larmes coulent des yeux de Fletcher. C’était le moment pour lui d’avancer seul, et de poursuivre l’héritage qu’il vient de recevoir. Il lance un dernier regard à Jonathan, qui s’évanouit aux portes de l’espace. Son maître est derrière lui, maintenant, il doit marcher sur ses traces et accéder à la voie de l’amour et de la sagesse.

Tonneau déclenché : figure aérienne où l’avion fait une rotation sur l’axe de roulis en suivant sa course horizontalement. 

Vrille : figure aérienne où l’avion descend en effectuant une rotation sur lui-même.

Looping : comme son nom l’indique c’est une boucle, mais qui est aérienne. 

Chandelle : dans la voltige aérienne, c’est une figure où l’avion prend de l’altitude, se redresse pour se retourner en pivotant et se retrouver droit en poursuivant sa course dans le sens inverse de son départ.

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