Une évasion burlesque

Consigne 27 – L’amplification : développer une histoire en plusieurs longueurs

Pour cette vingt-septième consigne, l’amplification devait me suivre dans le travail de réécriture d’un fait divers issu de « Rumeurs et légendes urbaines » d’Albert Jack. Mon choix a été porté sur « Pot de colle », l’histoire d’un déténu australien qui s’évade grâce à l’efficacité d’une colle extra forte. Il semblerait que cette anedocte soit inspirée d’une ancienne publicité, autrement vous imaginez le désarroi total des fabricants de colle, leur produit serait au même niveau qu’une lime à métaux haha ! Je vous laisse profiter de cette évasion originale qui tend vers le burlesque !

– Je suis libre !

Ces trois petits mots ne pouvaient rester plus longtemps sur mes lèvres. Il faut dire, que je les attends depuis de nombreuses années. J’exprime ma joie de tout mon corps, mais en faisant attention de rester discret, car je ne souhaite pas que le chauffeur s’aperçoive de mon départ précipité de cette noble maison, qu’est le centre de détention provisoire de Melbourne. 

J’ai dit départ précipité ? l’occasion m’était présentée. C’est que la vie n’a pas été une grande amie avec moi : enfance médiocre, mauvaises rencontres, choix hasardeux. On dit qu’il faut de tout pour faire un monde, moi, je crois que j’en ai eu ma dose. Alors, je me suis dit qu’il était temps de partir. Par chance, Bill, mon colocataire d’infortune avait de la ressource. Il était doté d’une incroyable inventivité, et savait l’utiliser pour se sortir des situations les plus complexes. Nous étions en colocation forcée depuis six ans au sein de cette institution, qui a vu avec les années notre amitié grandir. Ah ! la nostalgie de nos premiers repas ensemble et de nos premières nuits font remonter en moi de plaisants souvenirs. Si deux choses devaient me manquer, ce seraient bien celles-là. Quoi qu’il en soit, j’ai décidé de prendre le large, et Bill a voulu m’aider, car il souhaitait m’accompagner. 

C’était par un matin des plus banals que l’idée lui est apparue. En regardant la télévision collective, une publicité semblait nous ouvrir un chemin vers la liberté : “Avec Gluefix, vous pourrez coller toutes matières sans crainte qu’elles tombent par terre”. Le gros flash. L’intense révélation. J’ai demandé à Bill ce qu’il comptait faire, mais il m’a demandé de ne pas m’inquiéter : “la solution est à notre porte”, m’a-t-il dit en hâtant ses pas vers le fournisseur d’objets divers. Vous me diriez à ce moment, pourquoi aller le voir ? c’est que nous avons du mal à obtenir de simples objets du quotidien dans cet institut de villégiature imposé, alors nous passons très souvent par une personne dénommée “Willis”, qui s’assure que cette malheureuse contrainte n’en soit plus une. 

– Je veux deux bocaux de Gluefix pour la semaine prochaine, Willis.

Une fois la commande passée, et la confirmation donnée, nous nous attelons à préparer notre voyage. Nous avions une importante chose à faire. Il fallait dissimuler le fait que nous partions, nous étions bien éduqués et en temps que tels, nous ne voulions pas inquiéter nos hôtes. Du coup, Bill a eu une nouvelle idée pour contenter tout le monde. Il nous a inscrit à l’équipe de blanchisserie au premier service de la journée, six heure. Nous aurions à ce poste tout le loisir d’être silencieux pour quitter les lieux. Problème résolu.

Quatre jours plus tard, aux alentours de sept heure, le jour tant attendu était arrivé. Nous étions prêts, accoutrés de nos salopettes : uniforme de travail et de furtivité. Bill m’avait exposé le plan hier. Nous allions nous coller de dos sous le camion du blanchisseur ; heureusement, notre résidence comptait beaucoup de clients, par conséquent beaucoup de linges, et donc deux camions étaient à notre disposition, un pour Bill, un pour moi. L’heure du grand départ approchait. Personne à l’horizon. Rapidement, nous nous sommes badigeonnés de colle, et avons pris place sous nos véhicules d’évasion. C’était excitant ! bientôt, nous serions libres. Vers dix heure, le moteur a démarré. Le bitume commençait à défiler sous mes yeux en m’exhalant son parfum d’inconnu. Nous étions en mouvement. J’ai jeté un œil en direction de Bill, il souriait ; son camion me suivait. Tout était parfait et roulait comme convenu. Ma joie me prit au corps.

– Je suis libre ! m’écrié-je prudemment.

Accroché sous mon véhicule, je suis délivré. Il me tarde de saisir cette nouvelle chance. Certes, elle ne part pas dans d’excellentes conditions, mais je sens que cela va être intense ! une aventure se profile. Je me vois déjà la canne à pêche en main, guerroyant avec un barramundi*. Ce combat achevé, je m’ouvrirai une bière, et assis sur ma chaise longue, le soleil couchant à l’horizon, je profiterai de cette belle vie. L’air marin me manque tellement. Je pense que Bill ne m’en voudra pas, si je le traîne à la pêche avec moi de temps en temps. Après ce plaisir retrouvé, je m’achèterai une maison au bord de la mer. Je veux me lever chaque matin, et entendre les vagues s’étirer le long des plages de sable d’or. Le vent en témoin, me soufflera de sa tendre respiration, une suave envolée, qui pénétrera mes sens pour me plier face à cette explosion de volupté. Je serai aux anges face à ce tableau, aussi libre et vivant que je le suis maintenant. 

Le véhicule ralentit, et s’arrête. Je pense que l’on doit être arrivés à un feu rouge. C’est l’occasion idéale pour se décrocher et s’enfuir hors de la route. Je ne perds pas une minute, je fais signe à Bill pour le prévenir. Nous ouvrons nos fermetures éclair, afin de nous dégager de nos salopettes. Je commence à retirer mon bras gauche, puis le droit. J’enchaîne avec la descente du zip, jusqu’au niveau de ma ceinture. À ce moment, j’entreprends de me laisser tomber au sol. Mais j’essaye, je me débats, je n’y arrive pas. Je regarde en arrière. Bill a le même problème. La colle a traversé l’ensemble des couches de nos vêtements. À moins de les déchirer et de se retrouver nus, je ne vois pas comment faire. Pourquoi ça nous arrive ? Le camion se remet en marche. Je vois Bill fulminer et se démener contre notre sort. Sa rage l’épuise rapidement. Un quart d’heure suffit pour le clouer au silence et rejoindre mon désarroi. Il est trop tard pour toute autre évasion, le camion après avoir fini sa tournée, rentre à la prison. Nous n’avons plus qu’à appeler à l’aide et retourner au terminus des rêves brisés. Je ne vais pas me plaindre, le bon côté des choses, c’est que nous soyons rentrés à temps pour notre émission favorite de chasse et pêche.

Barramundi : un des poissons les plus recherchés par les pêcheurs australiens pour sa combativité incroyable à la ligne.

4 Comments

  • Roy Marie-Josée

    Hello Rodolphe, j’ai ri à cette nouvelle tant par son déroulé mais également parce que le milieu carcéral est décrit avec beaucoup d’humour ce qui ne gâche rien. Etant bénévole pour l’enseignement du français à distance, je me permettrai d’envoyer ta nouvelle avec tes seules initiales, et te dirai le retour. 🙂

    • Rodolphe

      Coucou Marie-Josée,
      je suis heureux que tu aies apprécié et beaucoup ri quant à ce milieu carcéral caricaturé par mes soins ! Il faut dire que c’était amusant d’écrire cette nouvelle. Oui avec plaisir, un écrivain écrit pour ses lecteurs qu’ils soient français ou étrangers ! D’accord, alors tiens-moi au courant 😉
      Je te souhaite une bonne soirée,
      Bises,
      Rodolphe

  • Sabrina P

    Ah ben ça alors, pour cocasse elle l’est, cette histoire 😉
    On n’est pas déçus de suivre cette presque évasion ! Heureusement, la télé les attend, tout n’est pas perdu ! Enfin, peut-être en seront-ils privés, ces deux fougueux !
    Comme toujours un plaisir de te lire, et on peut remarquer le soin apporté pour réaliser la consigne et ainsi t’étendre sur certains aspects de ton intrigue. On ressent bien les différentes émotions par lesquelles passe le protagoniste. Bref, comme on dit dans le sud-ouest, et ailleurs, essai marqué !
    Belle journée à toi, Sabrina.

    • Rodolphe

      Bonjour Sabrina,
      Oui tu as vu, je savais qu’avec cette histoire loufoque, il était aisé d’amplifier certain aspect haha ! Merci beaucoup pour ton commentaire et de m’avoir lu.
      Belle journée à toi aussi,
      Rodolphe
      Ps: il me tarde de lire ta nouvelle dimanche !

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