Voynich, l’écho d’un funeste destin

Consigne 25 – Se documenter et trouver des sujets

Pour cette vingt-cinquième consigne, je devais rédiger une lettre à un commissaire de mon choix pour le convaincre du danger d’un livre « tueur ». J’avais le choix d’écrire sur le livre proposé le « Coena Cypriani », ou bien de mener des recherches sur un autre livre. Mon choix s’est porté sur la deuxième possibilité. J’ai opté pour le « Voynich », un manuscrit qui regorge de mystères, et dont nous n’avons pas encore aujourd’hui décelé tous les secrets. Je vous plonge sans plus tarder en 1933 à New York, où la veuve de Wilfrid Voynich (il a donné son nom au livre) décide après la mort de son mari de découvrir ce que cet ouvrage dissimule. Elle entreprend pour cela un voyage en Europe et en Egypte. Peut-être trouvera-t-elle au bout de son chemin la signification de ce livre ? Entre alchimie et croyance, je vous souhaite une bonne lecture !

  New York, le 26 février 1933

Monsieur le chef de la police de New York,

Je vous écris en ce jour pour vous demander la plus grande assistance dans une étrange affaire, qui me touche de près. Comme vous le savez, mon époux, votre ami Wilfrid nous a quitté il y a un trois ans, dès lors je me suis lancée à corps perdu dans la suite de ses recherches concernant un indéchiffrable ouvrage, qu’il avait acquis à un collège de Jésuites de Rome en 1912. Ce manuscrit unique, écrit dans une langue et une écriture inconnues est apparu comme un défi pour Wilfrid, celui de sa vie. En ma charge d’écrivaine et d’épouse, il m’est apparu évident après son départ d’en déchiffrer le sens pour ne pas laisser ses années perdues à la poursuite d’un mystère vieux de plusieurs siècles. 

Durant ces trois années, j’ai fait beaucoup de recherches à travers l’Europe pour en découvrir sa provenance. J’ai appris dans les archives de Prague, qu’il aurait été vendu à l’empereur Rodolphe II de Habsbourg vers la fin du 16ème siècle par un inconnu, qui soutenait que ce livre avait été écrit par Roger Bacon, le père de la méthodologie scientifique. Dans ces même archives, j’ai appris que le livre est passé de mains en mains après la mort de l’empereur pour se retrouver vers la fin de 17ème siècle dans la bibliothèque du Collège romain, siège à l’époque des clercs de la compagnie de Jésus appelés communément : “jésuites”. Il y a aussi les nombreuses lettres de Jan Marek Marci, médecin personnel de l’empereur Ferdinand III de Habsbourg et d’Athanasius Kircher, prêtre jésuite et important savant de son époque, qui ont tenu une correspondance continue de leurs recherches approfondies sur le livre avant son arrivé au Collège romain. Pendant ces quelques années, Marci a envoyé différentes parties du livre à Kircher pour les décrypter, car ce dernier était réputé pour ses travaux sur la symbolique des hiéroglyphes. Je vous fais suivre dans l’enveloppe une copie de ses échanges pour que vous ayez en réflexion ces témoignages. À défaut de le traduire, ils y racontent de manière détaillée à travers les nombreuses illustrations qui parcourent l’ensemble du manuscrit, que cet ouvrage évoque une médecine orientale. Cela serait d’après eux, les déductions d’un médecin en quête d’une médecine parfaite. J’ai pu vérifier leurs raisonnements, car certaines illustrations exposent des sortes de rites alchimiques, mais qui demeurent incompréhensibles au commun des mortels. Marci et Kircher ont continué de disséquer ce mystère en les poussant aux frontières de la réalité, je reviendrai plus tard sur ce fait. 

Pour revenir à l’historique du livre, je suis partie à Rome pour suivre sa piste. J’y ai découvert qu’il est resté pendant deux siècles au Collège romain, jusqu’à l’annexion des États pontificaux par le royaume d’Italie en 1870. De ce moment, plusieurs ouvrages de la bibliothèque ont été saisis par ordre du roi d’Italie, mais par chance le mystérieux livre qui portait la marque du père général des jésuites a été transféré, ainsi que sa bibliothèque privée avant cet incident à la villa Mondragone de Frascati, non loin de Rome. C’est en ce lieu précis que mon mari en a fait l’acquisition quarante-deux ans après. Je tiens à vous prévenir, ce qui va suivre dans cette lettre ne doit pas vous désorienter, car j’ai vraiment besoin de vous, ce manuscrit renfermerait un dangereux secret concernant notre humanité. 

Après Rome, je suis allée au Caire pour rencontrer un des anciens correspondants antiquaires de Wilfrid, afin qu’il m’aide à percer les mystères du livre étant donné que l’écriture ressemblait à un langage hiéroglyphique. Arrivée sur place, il m’a expliqué que mon époux lui en avait déjà fait part dans une profonde discrétion. Ce monsieur a découvert que le livre avait été écrit au début du 15ème siècle par un alchimiste, dont nous ne connaissons malheureusement pas le nom. Il serait le témoignage d’un événement passé. L’antiquaire m’a avertie, que la composition des phrases et des mots ressemblaient à une forme d’hébreux cryptée. Il m’a mise en garde contre le secret qu’il refermait, car selon lui, il serait le fruit d’une secte secrète de la Kabbale, un mouvement ésotérique du judaïsme. Il pense que le livre est de conception diabolique. Il m’a conseillée de m’en débarrasser le plus rapidement possible, car ce livre pousse à la folie, ceux qui essayent en vain de le comprendre ; causant de nombreuses morts en Jordanie, en Syrie et en Irak avant qu’il n’arrive en Europe. Sur cet avertissement, notre entretien s’est terminé aussi vite que notre conversation a duré. Dans les jours qui ont suivi, je suis retournée à New York pour y voir plus clair et ce que j’y ai découvert m’a frappée. Lorsque j’ai relu mes notes de mes voyages, je me suis attardée sur la fin de vie des différentes personnes qui avaient eu le manuscrit. Tous et sans exception, ils portaient des traces d’un changement radical de personnalité, une forme aiguë de flottement psychologique, qui les a poussés à se laisser mourir. J’ai repensé à mon mari à ce moment-là. C’est affreux, mais je pense qu’il est mort de cette façon. Les derniers mois de sa vie, il les passait très souvent de jour comme de nuit dans son bureau, occupé avec des travaux qui m’étaient inconnus. Il s’est décomposé à petit feu et moi je n’ai pu voir cette étreinte mortelle approcher. La colère m’a envahit. J’ai essayé de détruire le livre, mais sans succès. Une forme de pouvoir occulte le protégeait. 

C’est pour cela qu’aujourd’hui, je vous demande en toute amitié et pour la mémoire de Wilfrid de trouver un moyen de vous débarrasser du manuscrit, avant qu’il ne tombe entre les mains de sa future victime. Nous devons préserver l’humanité de ce grand danger.

Je vous souhaite un grand courage et que Dieu nous prête sa force.

Bien affectueusement

Votre chère amie Ethel Lilian Voynich

4 Comments

  • Sabrina P

    Toujours un plaisir d’entrer dans ton univers Rodolphe ! Et surtout que tu aies choisi de ne pas parler de Coenia Cypriani, j’en ai lu 4 ou 5 versions pendant la formation, alors une nouvelle histoire fait du bien 🙂 Surtout que j’aime bien ce fond de mustère, sur ces manuscrits anciens que l’on redécouvre, et qui nous emportent loin dans le passé…. Maintenant, j’ai un doute, l’a-t-elle eu entre les mains ? En fait, j’aurais bien aimé justement qu’elle aussi perde la tête sur la fin et que toute cette recherche devienne sugne de folie de ce livre, ou un indice qui nous induise à penser cela, et le lecteur fait son interprêtation… Ai-je manqué quelque chose ? Je reviendrai te lire, pour voir si c’est moi qui suis possédée par une force malfique qui m’empêche la clairvoyance 🙂 Belle journée à toi, Sabrina.

    • Rodolphe

      Bonsoir Sabrina !
      Haha ! Effectivement, je n’ai pas choisi de parler du Coena Cypriani, car j’ai trouvé que le manuscrit du Voynich se prêter plus à une nouvelle mystérieuse, si l’on évoque le fait qu’il soit un livre tueur haha ! Oui, elle l’a eu entre les mains, car son mari est décédé trois ans auparavant. Cela ne me surprend pas venant de toi, il faut dire que tu nous as toujours bien surpris avec tes chutes ! Mais non, pas pour celle-ci, cela sera juste une fin « passage de relais » pour endiguer ce mal qui croit et rend fou les possesseurs du manuscrit. Réussiront-ils ? ou pas ? chacun peut y voir sa fin. Haha ! Merci beaucoup, je te souhaite une bonne soirée.
      Rodolphe

  • Nadine

    Bonjour Rodolphe,
    Heureuse de te relire en-dehors de la formation que j’ai quittée tout récemment. J’aime toujours autant la façon dont tu distilles le mystère que la consigne te le demande ou pas. Je me suis posée la même question que Sabrina : cette dame passe à côté du sortilège ? Il semble que oui et c’est peut-être dommage. En tout cas, ton écriture est agréable à parcourir. Peut-être quelques phrases un peu longues par moments.
    Un moment agréable de lecture.
    A bientôt,
    Nadine

    • Rodolphe

      Bonjour Nadine,
      Je suis heureux d’avoir ton retour ! J’espère que tout se passe pour le mieux et que tu te portes bien !
      Ah qui sait si elle réussit à survivre à cette malédiction ou pas ? Ce texte n’illustre qu’une lettre entre ces deux protagonistes, l’une demandant de l’aide au second. La finalité, je la laisse à l’imagination du lecteur haha ! C’est qu’il faut savoir laisser sa part de travail à son lectorat, autrement ce n’est pas amusant !
      C’est super gentil d’être venue pour me laisser un commentaire.
      Je te souhaite une bonne soirée,
      Rodolphe

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