Du côté d’en face

Consigne 23 – Gérer positivement son temps d’écriture

Pour cette vingt-troisième consigne, il m’était donné comme travail, d’imaginer une journée idéale d’écriture en se séparant des blocages et des empêchements, qui peuvent s’intercaler entre l’écrivain et sa plume. Il fallait pour cela exposer des solutions concrètes pour en arriver à cet objectif. J’avais toutes libertés concernant le choix du genre de mon texte à mon plus grand plaisir. Vous voilà donc chères lectrices, chers lecteurs, plongés dans une histoire à la sauce de fenêtre sur cour. La trame racontera la rencontre entre un écrivain et sa voisine du dessous. Je vous laisse en compagnie de ce texte et vous souhaite une bonne lecture !

Épris d’une curiosité dévorante qui me poussait régulièrement à observer mon voisinage, je pus apercevoir en cette soirée d’hiver dans l’immeuble d’en face, la silhouette de dos d’un jeune homme assis à son bureau. Cette scène m’était familière. Il y passait de nombreuses heures en fin journée, occupé avec un je ne sais quoi, qui le poussait à prolonger cet état jusqu’à tard le soir. Seule une lumière posée à ses côtés à l’allure d’une étoile dans l’obscurité ambiante de la nuit arrivait à s’extirper de l’unique fenêtre de son antre.

Chaque jour, je guettais avec attention l’instant, où il serait pris d’un désir de se lever, me révélant enfin la nature de son occupation. Mon souhait arriva plus vite que je ne le pensais, car j’aperçu le lendemain, un moyen qui pouvait m’aider à l’y contraindre. Sa voisine qui habitait l’appartement du dessous était rentrée chez elle, un violon dans les mains. Je ne l’avais jamais vue en jouer. Elle devait être débutante. C’était idéal pour moi, son exaspération allait peut-être le forcer à sonner à sa porte, afin de lui sommer d’arrêter en me dévoilant par cette occasion le fruit de mon obsession. Malheureusement, elle ne toucha pas l’instrument de musique ce jour-là, ni les suivants. Cependant, intrigué par leur vie respective, je continuai de les observer. Cette jeune mélomane était tout le contraire de son voisin du dessus. Elle croquait la vie à pleines dents, cela se ressentait dès le matin aux premières lueurs du jour, où elle commençait ses journées par une séance de gymnastique particulièrement tonifiante. Quant à lui, il était un habitant de la nuit s’animant exclusivement à partir du crépuscule. Je ne le voyais pas en dehors de ces heures. Souvent, je me demandais ce qui pouvait l’occuper durant ses matinées et ses après-midis. 

Ces réflexions me teignirent à l’esprit le temps d’une saison. Les jours passèrent sans qu’un grand changement ne survienne. L’hiver se changea en printemps et la longueur des journées s’installa. Je commençai à me résigner à ce que la source de son passe-temps nocturne me resterait inconnue, lorsqu’un soir de fin de semaine, la voisine sortit son violon. Le moment arriva. Ma curiosité appelait voracement à être sustentée. Il était temps d’apposer la lumière sur l’ombre de ce mystère. La jeune femme s’assit sur un tabouret et commença à effleurer les cordes avec son archet. J’entendis les notes respirer doucement et délicatement. Elle oscilla la tête par de légers mouvements sous l’emprise de sa mélodie. Elle vivait sa musique au point, que sa musique vivait à travers elle. Elle était comme possédée, exaltée par son art. Face à ce spectacle, la réponse de son voisin du dessus ne se fit pas attendre longtemps. Il sortit prestement sa tête par la fenêtre et commença à interpeller la musicienne d’une voix forte, qui ébranla le voisinage. Surprise, elle se demanda ce que pouvait bien être ce bruit désagréable, qui la dérangeait en cet instant d’extase. 

-Vous allez arrêter avec ce vacarme, je suis en train d’écrire ! lui harangua-t-il.

-Vous n’êtes pas un peu fou d’interpeller les gens comme ça en hurlant !? lui répondit-elle avec vigueur.

-Je ne peux pas me concentrer dans de telle condition !

Il claqua violemment la fenêtre et retourna à son bureau en continuant de fulminer. Il était écrivain. De son côté, elle resta stupéfaite par tant d’agressivité face à sa musique. Elle resta imperturbable et continua de jouer même face au désarroi de son voisin. 

Les semaines s’écoulèrent et l’astre irradiant de lumière s’installa. Il faisait chaud, même trop chaud pour en supporter la situation calmement. Mes deux sujets d’observation avaient eu la bonne idée de laisser leurs fenêtres ouvertes. Cela devait être aux alentours du début de soirée, qu’une brise légère s’engouffra par les différentes ouvertures. Le vent circula avec force et aisance, capturant en son sein les feuilles de l’écrivain. Je les vis descendre tournoyantes, mais avec soin, jusqu’à les déposer délicatement sur la pelouse du jardin. Constatant cette envolée, il se rua au rez-de-chaussée. La chaleur régnait en maîtresse à l’extérieur, les ombres avaient du mal à contenir leur fraîcheur. L’écrivain s’avança et se dirigea vers le point de chute. Une jeune femme en robe blanche et sandale au pied était penchée sur ses feuilles. Elle semblait les lire. Il n’arrêta pas son élan et s’approcha de plus en plus, curieux de découvrir cette créature.

-Vous aimez ? lui demanda-t-il.

Au son de sa voix, elle se retourna et ses yeux furent plongés dans les siens. 

-Vous ! se surprit-il.

-Le voisin irritable ! lui proféra-t-elle de ce surnom.

Ils restèrent figés quelques minutes à s’observer. J’avais du mal à bien percevoir leur réaction sur leur visage. Étaient-ils en colère ? Que pouvaient-ils penser ? Tant de questions qui me parcouraient l’esprit. Subitement, le vent prit de l’ampleur et transforma la légère brise en rafale. Cela ne sembla pas déranger mes deux voisins. Le temps glissa et s’écoula sans fin autour d’eux. Ma curiosité me tiraillait, je voulais descendre pour aller à leur rencontre, mais une chose inattendue arriva. Elle lui tendit les feuilles et ils commencèrent à discuter. Le vent souffla si fort, que je ne pouvais entendre distinctement le sujet de leur conversation. Je m’emportai, frustré contre cette nature, qui me privait injustement du dénouement. Soudain, la jeune femme se mit à rire et le mouvement s’en suivit. Ils rentrèrent tous deux dans l’immeuble. 

Les mois passèrent sans que je ne puisse les revoir. Leurs appartements étaient restés inoccupés depuis ce jour. La tristesse et le regret de ne pas connaître l’issue de cette histoire m’accablaient. Je me résignai à retourner à ma vie, quand mon regard se porta deux étages au-dessus. En pleine journée, que ne fut pas mon étonnement, lorsque je vis l’écrivain s’adonnant à son occupation favorite, bercé par les notes de la violoniste qui jouait. Une vie nouvelle débuta pour eux. Ils avaient trouvé leur équilibre.

2 Comments

  • Sabrina P

    Ah ! Mais ça faisait longtemps que tu n’avais pas écrit ! Étais-tu en promo pour ton recueil ? En tout cas, un plaisir de retrouver ton imagination, et ce petit air de liberté sur la fin. Chacun en harmonie, dans son univers, mais ensemble. On retrouve ta manière de conter cette façon d’aborder les consignes. Belle journée à toi, j’espère que tout va bien de ton côté malgré la situation. Moi, j’ai enfin terminé ma réécriture du recueil ! Les choses sérieuses commencent :)! Au plaisir, Sabrina !

    • Rodolphe

      Coucou Sabrina !
      Oui, j’étais en petite pause d’écriture (pas encore la promo d’un recueil, car je préfère me lancer dans l’écriture d’un roman), mais maintenant je suis reparti haha ! Je suis très curieux et impatient de redécouvrir tes nouvelles 2.0, tiens moi informer quand tu les publieras ! Merci beaucoup pour ton commentaire et j’espère que tu tiens bon avec le confinement !
      Bien à toi,
      Rodolphe

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