Un ami secret (6-8 ans)

Consigne 22 – Écrire une nouvelle pour des enfants

Pour cette vingt-deuxième consigne, ma plume devait s’arrêter sur le monde de l’enfance. J’ai choisi de conter l’histoire d’une jeune fille, qui rêvait de rencontrer un nouvel ami pour combler sa solitude quotidienne. Par un jour de pluie, un choc brutal résonna dans la vallée, où elle vivait avec les siens dans un petit village. Elle ne s’attendait pas à la rencontre qu’elle ferait. Cher lecteurs et lectrices, je vous laisse découvrir la suite de son aventure dans ce voyage au cœur des légendes chinoises.

Il était une fois dans un pays lointain, une jeune fille qui n’aimait pas être seule. Elle priait chaque jour pour avoir un ami, car dans son village perdu dans les montagnes, les habitants n’avaient pas vu depuis fort longtemps de nouveaux arrivants. À la fin de la journée, quand elle eut fini d’aider sa mère aux tâches quotidiennes de la maison, elle s’amusait seule à l’ombre des arbres, ne rêvant que d’une chose, un compagnon d’aventure. Elle ne souriait jamais, même quand sa mère lui offrait des tanghulu, brochettes de fruits sucrés dont elle raffolait.

D’ailleurs, aucune autre émotion ne pouvait apparaître sur son doux visage. Sa tristesse était telle, qu’elle voulait s’enfuir du village pour découvrir le monde. Elle venait de fêter ses 12 printemps et son envie de découverte était à son comble. Plus les années avançaient, plus son désir de départ s’accentuait. L’unique raison qui la poussait à demeurer avec les siens était de ne pas faire souffrir ses parents et sa grand-mère. Elle ne voulait surtout pas les rendre malheureux. Alors ce matin, elle retourna au temple pour prier une nouvelle fois. Sa voix formula du fond de son cœur : son vœux.

– Oh vous mes ancêtres ! Je vous loue et vous remercie de toutes les bénédictions que vous accordez à notre maison. Je l’énonce encore en ce jour, je souhaite rencontrer un nouvel ami pour ne plus être seule. 

L’encens se consumait paisiblement sur le souhait de cette jeune fille. Elle garda les yeux fermés quelques instants pour renforcer sa prière. 

– Tu es déjà debout ?

Une voix étonnée se fit entendre derrière elle. Sa mère venait de s’apercevoir, que sa fille était encore dans ce temple à prier. 

– Tu n’en as pas assez de toujours souhaiter la même chose. Tu dois chérir ce que tu as et ce que la terre nous donne, Mei.

– Je sais, maman.

De son air attristé, Mei se leva et emboîta le pas de sa mère en direction de la maison, où il fallait commencer à préparer les repas pour les hommes, qui allaient de bonne heure aux champs. Si seulement la vie en était autrement. Mei se voyait saltimbanque, arpentant les routes et les champs. Elle voyagerait de villes en villes et rencontrerait différentes personnes, plus intéressantes les unes que les autres. Elle serait libre et se laisserait diriger uniquement par les pulsions de sa curiosité. Elle se ferait tellement d’amis. Au dessus des fourneaux, Mei commença à préparer la cuisson du riz, mais en voulant attraper un récipient, elle manqua de renverser sa grand-mère qui venait lui dire bonjour.

– Ma petite-fille chérie, toujours dans tes pensées.

– Je suis désolée, grand-mère.

– Ce n’est rien mon enfant, va donc me chercher de l’eau, je vais m’occuper du reste.

Elle aimait beaucoup sa grand-mère, elle était d’une tendresse et d’une douceur à toute épreuve. Dès sa naissance, elle se tenait près d’elle, toujours présente pour l’aider. Alors depuis que son grand-père avait disparu, Mei s’était fait la promesse d’être à son tour présente pour elle. Elles passaient beaucoup de temps ensemble ; sa grand-mère lui racontait des histoires de magies et de légendes. Elle aimait beaucoup ces moments, mais il fallait faire attention à sa mère qui quelques fois les réprimandaient d’être trop souvent dissipées dans leurs tâches.

Mei prit un seau et sortit de la maison. Elle se dirigea vers la rivière pour récupérer de l’eau, lorsque le vent se leva, suivi par de légers grondements qui venaient du ciel. Ce début d’orage ne l’inquiétait pas, elle en avait vu de plus épouvantables. La pluie commença à se déverser sur le village. 

– Pourvu que cela ne dure pas, dit-elle à voix haute.

Elle plongea le seau dans le courant glacé, il faut dire que les premières neiges étaient apparues il y a une lune*. Ses mains commencèrent à perdre de leur chaleur. Le froid l’engourdit rapidement. De petites larmes coulèrent le long de ses joues rougies par le vent hivernal. Elle voulait tellement vivre une autre vie. La petite fille pleurait souvent sur son sort à l’écart de sa famille. Elle voulait un ami pour adoucir ses journées. Mei était songeuse, laissant le temps s’écouler autour d’elle, quand soudainement un fracas se décocha du ciel. Une chose s’écrasa violemment sur la rive opposée. Mei se redressa pour apercevoir plus clairement ce qui venait d’arriver, mais un nuage opaque cachait la zone d’impact. Cependant, des cris de douleurs arrivèrent à ses oreilles. Il y avait quelqu’un. Elle ne réfléchit pas, elle se jeta dans l’eau pour atteindre l’autre côté le plus rapidement possible. La rivière était glaciale, le froid lui coupait progressivement la respiration. Mei ne s’arrêta pas, elle continua, une personne avait besoin de son aide. Après plusieurs minutes d’un combat intense avec les éléments, elle arriva enfin. Un cratère lui faisait face. Elle se pencha en demandant s’il y avait quelqu’un. Quelle ne fut pas sa surprise ! Un dragon de couleur azur couvert de boue la regardait. Il avait quelques plaies sur son corps, sûrement dues à sa chute. Elle décrocha un bout de sa tunique. Elle le trempa dans son seau et elle alla à sa rencontre pour lui donner les premiers soins. Le dragon méfiant montra les dents. Il ne voulait pas qu’elle s’approche de lui. Mei leva ses deux mains en signe de paix. 

– Je ne te veux aucun mal, si je ne soigne pas tes blessures, elles risquent de s’infecter.

– Grrr… grogna-t-il.

– Quel est ton nom ? 

Il la fixa du regard comme pour deviner, si elle ne lui voulait réellement aucun mal. Mei pour sa première fois sourit. Son sourire était si pur, que le dragon se trouva bercé dans une douceur immense. Il arrêta de grogner. 

– Je m’appelle, Ao Long.

– Enchantée, moi c’est Mei.

Ao Long baissa sa garde. Elle put enfin s’approcher et commencer à le soigner. Étrangement, la pluie cessa. Elle renonça à lui demander, comment avait-il pu arriver ici et pourquoi. C’était un dragon et il ne fallait pas le mettre en colère. Quand il se sentit mieux, Ao Long se hissa en dehors du trou avec l’aide de Mei. Elle lui trouva une grotte non loin de la rivière. C’était un endroit idéal pour le cacher, car elle ne savait pas comment les gens du village allaient réagir. Dès qu’Ao Long fut caché, elle courut en direction de la cuisine pour apporter de la nourriture. Elle le fit aujourd’hui, demain et les jours suivants. Sa mère et sa grand-mère se demandèrent ce qui avait pu se passer près de la rivière ce jour-là au point de lui avoir fait oublier de rapporter de l’eau. Elles n’eurent aucun réponse. Mei changea. La joie entra dans son cœur. Elle avait découvert un nouvel ami, dont elle seule en avait connaissance, son ami secret. Après ses journées, elle passa beaucoup de temps avec le dragon à jouer et à rires, même qu’une fois, il la fit monter sur son dos. Elle put voir l’étendue du village, ainsi que les champs et plus loin les montagnes. Elle se sentait libre. Ses ancêtres avaient répondu à ses prières. Mais un jour, Ao Long lui annonça qu’il devait repartir dans le ciel, car son devoir l’appelait. 

– Comment ça tu dois partir ? l’interrogea-t-elle tristement. 

– Je n’ai pas le choix, Mei. Mon royaume m’attend, c’est grâce à moi s’il pleut sur terre.

– Reviendras-tu me voir ? Sinon, je sombrerais dans un profond chagrin. 

– Écoute-moi, quand tu entendras les derniers orages retentir dans les cieux, sache que cela sera le signal. Je descendrai te voir. Au revoir et merci pour tout, petite fleur.

La jeune Mei, le cœur serré, laissa son ami reprendre la route du ciel. Des larmes de tristesse et de joie coulèrent. Un rayon de soleil apparut et guida Ao Long vers les hauteurs célestes. Elle se souvint de ce jour si précieux. Ce jour, où les orages ne lui feraient plus peur, car elle attendrait en regardant vers l’horizon, que son ami revienne la voir. Elle le savait. Elle n’était plus seule.

1- Une lune correspond à un cycle lunaire complet, grosso modo un mois.

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