L’utopie d’un roi

Consigne 18 – Utiliser le procédé de l’uchronie

Pour cette dix-huitième consigne, je devais établir une uchronie. J’ai choisi de raconter l’histoire fictive de Louis XVII, personnage longtemps oublié des historiens de naguère. J’ai voulu mettre à l’honneur cet adolescent, enfant du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette. Nous sommes en 1848, la vie a continué après les tristes événements de la révolution française. Nous nous retrouvons au crépuscule de sa vie en compagnie de son vieux serviteur Joseph pour assister à son héritage. Je vous propose pour ce texte, un huis clos à la lueur d’une bougie. Bonne lecture !

Paris, novembre 1848, proche de minuit.

Un homme allongé sur son lit contemple au crépuscule de sa vie le dénouement de son combat. Son vieux serviteur qui l’a accompagné depuis l’enfance s’adresse à lui. 

-Mon roi, êtes-vous toujours parmi nous ?

Les ravages du temps ont fait leur ouvrage sur cette noble stature. Jadis, ce corps si puissant qui a débordé d’énergie au parfum d’un optimisme insatiable est laissé à sa fin, sur ce lit de repos éternel. Son toussement mi étouffé par ses glaires résonne dans cette pièce éclairée par une unique bougie, qui s’éteint progressivement. L’odeur de la mort flotte dans l’air, attendant d’extirper les dernières bribes de sa vie.

–Je le suis, répond-il faiblement.

Le serviteur inquiet de la froideur ambiante réajuste la couverture. Dehors, l’hiver commence à approcher, répandant déjà ses maladies aux plus fragiles et ne laissant aucune chance aux plus démunis. Le roi regarde vers la fenêtre. Il espère que son peuple saura résister à ce temps implacable.    

-Mon roi, je suis si attristé de voir qu’en dépit de tous vos sacrifices, et de votre énergie dépensée, vous voilà condamné à partir, meurtri par la maladie.

-Joseph, je n’ai ni regret ni remords. Chaque jour que j’ai donné, je l’ai fait pour le peuple, pour la France. J’espère que mon héritage survivra, porté par des esprits intelligents, ayant la même force qui m’a guidé durant cette longue vie. La liberté. 

-N’ayez crainte mon roi, vous pouvez partir sereinement, vous avez vaincu la roue de souffrance qui a opprimé notre patrie. 

-Je l’espère Joseph, je l’espère.

Il regarde son roi avec tendresse. La vie n’a pas été douce pour lui. À l’aube de son existence, ce petit garçon tout juste âgé de quatre ans a été frappé par la révolution française. N’acceptant pas cette rébellion, une coalition s’est créée en Europe entre l’Allemagne et l’Angleterre. Dès l’annonce de la mort de la reine Marie-Antoinette en 1793, ils ont marché sur Paris, massacrant tout homme et toute femme qui se sont dressés devant le pouvoir royal. Arrivant aux portes de la capitale, les royalistes et leurs alliés ont libéré de la prison du Temple le jeune roi. Un gouvernement temporaire formé de partisans à la monarchie et des représentants des deux parties de la coalition est mis en place dans l’attente de sa majorité. Cette insurrection ne l’a pas laissé indemne. Il a perdu ses deux parents, exécutés par les révolutionnaires. Baignant dans cette désolation, il est ravagé par la tristesse de ce vide béant. Après cet épisode, il a continué à avancer, pas après pas, en grandissant dans le soin et le soutien de ses protecteurs.  

-Vous avez fait preuve de tellement de force et de courage. Je me rappelle du jour, où vous avez pénétré dans la foule frénétique qui demandait la justice dans l’affaire du marquis aux roses. Vous n’aviez seulement que quinze ans et déjà votre sens de la justice était aiguisé. 

Ce n’était qu’une sordide histoire de meurtres perpétrés par un marquis proche du ministre de la police générale. Ses crimes ont été dissimulés par de fausses preuves accusant un boulanger du nom de Jean. Le peuple s’est soulevé face à cette injustice. Il s’est rassemblé devant les grilles du palais du Louvre, résidence royale, s’indignant encore du pouvoir en place. Ce jour-là, le jeune roi est sorti de sa forteresse pour s’adresser à son peuple, laissant derrière lui ses précepteurs et ses mentors, afin de prendre la décision qui a changé le cours de son pays. Il est venu pour lui le temps d’agir en ce printemps de 1800, annonce d’une nouvelle ère.

-Peuple de Paris ! Je viens à votre rencontre pour solliciter votre aide. Aidez-moi à faire retentir les cloches de la vérité et démasquer les coupables. Nous avons été la France de Clovis, la France de François I et d’Henri IV, la France de Louis XIV. Nous avons appris à ne pas plier face à l’adversité, la prenant sous notre contrôle pour en faire notre asservie. Peuple de Paris ! Je viens à votre rencontre pour vous appeler à faire partie d’une nouvelle France. La France des français !

La foule en liesse se prosternent devant leur roi avant qu’il ne leur demande de se redresser et de marcher ensemble à la construction de cette nouvelle France. La tâche n’a pas été facile, car l’Allemagne et l’Angleterre n’ont pas voulu se séparer de leur petit protégé. En 1801, il s’est défait de la coalition, il a aboli les privilèges et le système féodal, et a remis en vigueur la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Un an plus tard, il s’est entouré d’un nouveau gouvernement composé de nobles, d’intellectuels et d’hommes du peuple. L’institution d’une monarchie constitutionnelle a vu le jour quelque temps après. 

-Mon roi, comment avez-vous fait pour marcher au devant du peuple après ce qu’ils ont osé faire à feu vos parents le roi et la reine ?

Le vieux monarque tousse fortement. La douleur est de plus en plus insupportable. Il a des difficultés à respirer convenablement. Il se redresse en observant la bougie qui continue inéluctablement sa descente.

-Mon très cher serviteur et ami, leurs morts me pèsent toujours sur le cœur, mais cela n’a pas été la faute du peuple. Mes parents sont partis durant une époque sauvage, où la vengeance a appelé le sang et le sang à la destruction. Il est important de pardonner pour avancer. J’ai construit aujourd’hui grâce à chaque âme que compose ce pays, une France solide et digne de son histoire.

-Ce que vous avez accompli est incroyable, rétablissant la paix et ôtant les barrières des classes sociales.

-Malheureusement, je n’ai pas réussi totalement. J’ai compris une chose durant mon règne, là où l’homme se tient le chaos revient. Nous ne pouvons lutter contre cette réalité.

-Je suis sûr que votre héritage ne se laissera pas consumer par l’anarchie.

-Je l’espère Joseph, je l’espère. 

La flamme de la bougie s’étouffe pour laisser dans la pièce plus qu’obscurité et vide. Louis XVII vient de s’éteindre à l’âge de soixante-trois ans, précurseur d’une époque de changement.  

2 Comments

  • Sabrina

    Bonjour Rodolphe,

    C’est toujours un plaisir de découvrir tes écrits, et je suis toujours ravie de te lire, ici dans l’uchronie, plutôt bien menée ! J’avoue que je fuis en général toute référence historique, et que je préfère l’univers des contes, mythes ou des histoires de notre époque contemporaine. Mais tu as su m’entraîner en tant que lectrice à travers ta nouvelle. Ce huis-clos allume une nouvelle lumière alors que celle de ton personnage s’éteint. Belle journée à toi, Sabrina !

    • Rodolphe

      Bonsoir Sabrina,

      Je suis désolé de ma réponse tardive, mais j’ai déménagé récemment haha !Je suis content, que malgré que tu sois rebutée par le genre historique, mon texte t’ait plu. Je voulais mettre à l’honneur cet enfant longtemps oublié par la communauté des historiens, Louis XVII. C’était mon petit geste en sa faveur, que de le faire vivre dans cette histoire haha !

      Merci beaucoup, je te souhaite également un belle journée et de très bonnes fêtes de fin d’année!

      Rodolphe

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