Abandonné sur un rocher

Consigne 17 – Écrire une nouvelle de science-fiction

Pour cette dix-septième consigne, la science-fiction était à l’honneur. Je devais introduire dans ce texte 3 éléments de cette liste donnée : un robot, un extra-terrestre, une invention et une planète. Mon imagination s’est portée sur un pirate cyborg, abandonné par son équipage sur un rocher au milieu des eaux sur une planète sans vie, dont la nuit n’apparaît jamais. Une petite créature s’y trouve également. Que va-t-il se passer ? Vont-ils devenir amis ? Réussiront-ils à quitter cette îlot ? Vous le découvrirez en lisant la suite !

Ça fait soixante dix-huit jours que je suis assis devant le même spectacle. Posé sur un rocher au milieu d’une mer salée. Des jours sans fin se déroulent devant mes yeux. Quand le soleil se cache derrière l’horizon, un autre apparaît pour le remplacer. Je n’arrive pas à fermer l’œil. C’est à devenir fou. À croire qu’il y a deux soleils, ou bien que le cycle naturel de cette planète est condamné à des jours infinis. Ce mystère a beau me garder en alerte quotidiennement, je reste piégé. Rien ne change. Mes journées sont identiques, aujourd’hui, demain, comme hier, la même réplique. Je n’en peux plus. Je veux quitter cet endroit.

Il y a deux jours, j’ai épuisé les dernières ressources végétales que ce bout de terre pouvait m’offrir. Je suis affamé. Je rêve d’une assiette de crustacés géants de la planète Ocenia* et pour le dessert, rien ne vaut ces fameux fruits épineux pendus aux pics rocheux de Dohlmar*, ils sont tellement juteux. J’en ai l’eau à la bouche. Quant au rafraîchissement, une bonne bouteille de rhum terrien me fera le plus grand bien. Je divague, mais c’est sans compter sur l’odeur nauséabonde de la mer qui me rattrape et me tire de ma rêverie. Cette puanteur est horrible, rance et acide. Il y a certains jours, je ne vois même pas le soleil, il est dissipé par une masse de brouillard opaque qui revient inlassablement pour briser notre énergie. L’atmosphère de cette planète est étrange. Elle semble suivre un processus de transformation pour muter et à nouveau recommencer. Heureusement que le taux d’oxygène me convient. Il y a seulement pendant la période brumeuse que l’air est moins généreux, mais j’ai appris à faire attention lors de mes respirations, petites et courtes.

Devant cette météo des plus curieuses, plusieurs émotions me font tenir. La colère. L’indignation. La vengeance. Je me suis trop relâché sur mes hommes. Comment ai-je pu ne pas voir ce qui se tramait sur mon vaisseau ? Leur pathétique mutinerie. Comment ont-ils pu me faire ça à moi ! Alors que c’est moi, qui suis allé les chercher aux quatre coins de l’univers. Je les ai recueillis et j’ai pris soin d’eux dans les bons moments, comme dans les mauvais. Ah ! Ils étaient si jeunes. Je les ai formés à la piraterie dans les règles de l’art, en appliquant le code d’honneur. Nous étions une grande famille et j’étais leur père adoptif. Et après toutes ces années, voici leur remerciement ? Rien, l’amertume en bouche. Ils m’ont abandonné ici comme un rat mort, sur un caillou, sur une planète recouverte d’eau, dans un système planétaire vide. Vide, peut-être pas totalement. Dans mon malheur, je vis avec une petite créature verte chapeautée de deux antennes. Ses deux billes qui lui servent d’yeux et de formes ovoïdes ne cessent de regarder dans le néant. Je ne l’ai pas vu bouger depuis que je suis ici. Elle contemple tout comme moi, inerte, le sort de notre destinée. Nous attendons sagement que la mort vienne nous récupérer de ce morceau de terre perdu sur un océan dépouillé de vie.

Il est vrai que nous n’avons pas grand chose à faire d’autre. Dès que j’en ressens le besoin, j’active un peu mon corps et l’ensemble de mes modules cybernétiques pour ne pas m’engourdir totalement. Il en a vraiment besoin, car ce n’est pas facile d’être un cyborg, quand on est sur un îlot au milieu des eaux, avec l’humidité ambiante. D’ailleurs, à chaque fois pendant mes échauffements quotidiens, mon compagnon d’infortune me fixe en me répétant “sou, sou !” J’ai essayé de le comprendre, mais rien à faire. Il répète toujours ce mot sans s’arrêter à en fulminer de rage, jusqu’au moment, où je me rassoie. La communication avec lui m’a occupé les premières semaines, maintenant, je n’ai plus de patience. Je continue mon activité sportive en ne faisant plus attention à lui. Je tourne autour de mon rocher. Deux pas en avant et deux pas en arrière, mon sport est fait, je peux reprendre ma place. Rien n’a bougé. Le paysage est toujours le même. Il absorbe notre espoir.

Ah ! Le Perseus me manque, mon tas de ferraille spatial. J’en ai fait des abordages avec lui. Beaucoup trop pour une seule vie. J’ai été craint, provoquant une profonde terreur aux êtres vivants par le simple énoncé de mon nom. J’ai mis plusieurs systèmes planétaires à feu et à sang. Après mon passage, les lieux sont laissés aux débris jonchant le sol, aux flammes grignotant le reste des habitations, et aux pleurs des veuves et des orphelins se résignant. Une seule et unique phrase dans la bouche de ces pauvres gens. Cyberjack est passé par là. Cette vision d’accomplissement a flatté mon ego. Ça été grisant durant cette jeunesse, mais maintenant ça n’a plus de sens. Que l’on soit brave ou brigand, ce n’est que futilité ici. Je rêve de reprendre ma route, même si je suis déjà au crépuscule de mon existence. Je veux abandonner cette vie et visiter l’univers.

En regardant mon compagnon, je vois qu’il s’est déjà préparé à mourir sur notre rocher. Je n’ai pas besoin de ça. Je lui donne un bon coup dans le dos pour lui redonner de l’espoir. Je ne me rends pas compte de ma force. Il finit à l’eau. Vite, je me jette en avant pour le récupérer. Je l’extirpe de là avant qu’il ne se noie. Il tousse. Il n’arrive pas à se relever. C’est ce que je pensais. Il a dû se blesser en arrivant ici. Soudainement, une lueur apparaît dans ses yeux. “teur, teur !” Il essaye de ramper en direction d’où il était assis. Je regarde. Un boitier noir et rond s’y trouve. C’est une sorte d’émetteur de survie ! Je me dépêche de le récupérer. Mon compagnon se met à pleurer. Nous sommes sauvés. J’appuie sur le bouton. Immédiatement, une lumière pourfend le ciel et s’enfonce dans l’espace. Mon camarade de 78 jours se dandine de joie sur place. Je le prends dans mes bras et nous pleurons ensemble l’arrêt de notre calvaire. C’est enfin la fin des jours sans fin.

Ocenia : une planète recouverte en intégralité par les océans

Dohlmar : une planète dépourvue d’oxygène, arborant de longs déserts et de hautes montagnes 

2 Comments

  • MONCEY Nadine

    Re-bonjour Rodolphe,
    J’ai beaucoup aimé cette nouvelle de science-fiction, même si la science-fiction n’est pas ce que je préfère habituellement. Ton histoire est pleine de charme. Ton imagination ne t’a pas fait défaut.
    Bravo également pour ton blog. Le visuel est très agréable.
    A bientôt,
    Nadine

    • Rodolphe

      Bonsoir Nadine,

      Merci beaucoup pour ton commentaire sur ma nouvelle et ton avis sur mon blog. Tu sais, je ne suis également pas un grand fan du genre science-fiction, donc j’ai glissé quelques bribes futuristes. Concernant mon blog, je suis content que le visuel soit agréable, car j’ai pas mal hésité avec la police de caractère haha ! En tout cas c’est gentil de m’avoir écrit un petit message !

      À bientôt,

      Rodolphe

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