La maison Pouleman est dans la panade

Consigne 15 – Écrire une nouvelle de genre dite « noire »

Pour cette quinzième consigne, j’avais plusieurs possibilités dans le genre de nouvelles dite « noires », j’ai opté pour le polar. Nous voilà plongés par conséquent dans les années 50, aux États-Unis. Policiers, espions, mafia, voici ce que je vous sers pour ce texte agrémenté d’argots et de vieilles expressions dans leur jus. Régalez-vous !

Il est 10 heures. La journée s’annonce bien. Pas trop chaude, pas trop froide, le juste milieu. Climat agréable pour un briscard comme moi, qui approche des dernières années de son service à la maison Pouleman. Je franchis la porte d’entrée du poste de police. Tout le monde s’affaire au train train habituel, le crime passionnel, le cambriolage qui a mal tourné, le fils ambitieux déçu de ne pas toucher son héritage, qui renvoie son père à la maison mère, bref, la routine. Je me dis à ce moment, que je vais me trouver un petit coin pénard, me carrer dans un fauteuil et faire mine de bosser. Je vais faire dans la profondeur, le professionnalisme éveillé, et donner un sens important à ma journée. Mais c’est sans compter sur la bleusaille qu’on m’a filée entre les pattes, qui se rapproche de moi à grande vitesse. Qu’est-ce qu’il me veut celui-là de si bonne heure. 

– Bonjour lieutenant, il y a Jim qui demande à vous parler. Je l’ai installé en salle d’interrogatoire. 

– Jim ? Mais il n’était pas sensé faire le mouchard chez ce salaud de Al ? 

– Si, mais il y a eu des complications à ce que je crois. 

– Je vais voir ça.

Qu’est ce qu’il y a pu se passer encore avec Jim. Il me désole ce gland, toujours un problème à gérer. Il faut constamment réparer ses bêtises. L’autre fois ç’a été quoi déjà ? Ah oui ça me revient, il a été surpris en pleine conversation avec moi par un homme de main de Capone. Pas discret l’oiseau, et surtout pas débrouillard. Heureusement qu’il a eu un éclair de lucidité en me faisant passer pour la tante. Comme quoi des fois, on peut être stupéfait par la nature humaine. Mais là, je ne sais pas ce qui m’attend. Je pénètre dans la salle d’interrogatoire. Une odeur de désespoir se traîne dans l’air. Même que l’ampoule de la lampe accrochée au plafond se met à palpiter. Je distingue ce bon Jim assis, recroquevillé, se tenant la tête entre ses mains. Je me dis, à tous les coups ce n’est pas aujourd’hui, où je serai surpris. Je l’interpelle. Il se redresse. Il porte un air dépité, en m’exposant sa gargouenne à faire accoucher une femme enceinte. J’ouvre le dialogue.

– Alors gamin, c’est quoi le problème ?

– Tu ne sais pas Sam, mais ils veulent me refroidir les gars de Al. C’est la fin, je crois bien, répond-il d’un ton résigné.

– Ils t’ont découvert ? Mais comment ça ? 

– C’était ce matin, j’étais en train de sonder…

– Sonder quoi ? 

– Bah le bureau de Capone ! J’y ai même découvert des documents intéressants sur ses activités extra-professionnelles.  

– Oh ! Vas-y envoie.

Il sort de sa mallette les fameux documents, et me les passe. Je les examine attentivement. Il est vrai qu’ils sont particulièrement accablants. Finalement, nous avons peut-être une chance de le coincer avec toute sa clique de gangsters. C’est bien ma chance ! Avec ça, je vais sortir de la maison Pouleman avec les honneurs. Ils vont même m’accrocher leur bout de métal à la poitrine. 

– Tu as fait du bon boulot Jim.

– Je suis content que ça te plaise, mais il y a eu un léger embêtement après.

– Un embêtement ? 

– Oui, il y a eu ce gros malabar, tu sais un des lieutenants de Al, Luca. Il m’a découvert. Je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai dispersé.   

– Me dis pas que tu l’as dégommé ?

– J’ai été obligé Sam, car sinon c’est moi qui aurait été ventilé. Du coup, ils sont sur mes talons maintenant. Je sais plus quoi faire. J’ai les j’tons.

– T’as fait attention en venant au commissariat ?

– Oui, comme tu me l’as appris. J’ai brouillé les pistes.

– Très bien gamin, je vais passer un coup de fil chez nos amis les marshals pour qu’ils te dégotent une nouvelle identité, pour démarrer une nouvelle vie. Ne bouge pas. Je reviens. 

Je sors de la pièce et me dirige vers mon bureau. Ah ! Il s’est mis dans un sacré bordel le loustic. Capone ne va pas le lâcher. Il va falloir s’essorer le cerveau pour que Jim ne rejoigne pas ce cher Luca. Je sens que ça va être une longue journée. Avant d’arriver au téléphone la bleusaille m’interpelle.  

– Tout va bien avec Jim, lieutenant ?

– Non, c’est un vrai foutoir. Il s’est attiré les bonnes grâces du balafré.

– Aïe ! Vous vous voulez un coup de main ? 

– Pas besoin, je vais refiler le bébé aux marshals.

– D’accord, je vais vous laisser. D’ailleurs, j’ai de la paperasse à remplir, car il y a eu une grosse rixe entre deux bandes hier soir. Résultat, toutes les cellules sont occupées. 

– C’est embêtant ce que tu me dis. Il faut que je trouve une solution alternative pour caser le bambin.

– Et bien bon courage pour trouver la solution.

 Une fois dans le bureau, je les appelle. Ils me disent que leur service est surchargé, et qu’ils enverront une équipe dans deux jours. C’est pas croyable ! On va passer au plan B. Je pense le faire dormir chez ma sœur, Josie. Elle ne verra pas d’objection, si c’est pour la bonne cause, celle de sauver les miches de son prochain en détresse. Par contre, j’en connais un, qui ne va pas être ravi. Le capitaine. Il m’a prévenu de faire attention avec mes espions, surtout avec Jim. Bon sens oblige. Je dois trouver une feinte pour le calmer, faire dans la tactique rapprochée, m’arrondir le dos. Mais je dois agir vite, et accompagner Jim chez Josie pour le planquer. Les explications avec le capitaine peuvent attendre. Je resserre ma ceinture. J’ajuste mon fumoir. Il faut que je sois sur le qui-vive durant le transfert. Je retourne dans la salle d’interrogatoire, et lui raconte la suite du programme. Chose faite, nous sortons. Dehors, un homme en noir me bouscule. Je l’entends murmurer à Jim “Al t’embrasse” avant de sortir un gros calibre, et lui vider son chargeur dans le buffet. Je me redresse, et me prépare à riposter, mais le faucheur est plus rapide que moi. Il me balance sur le pavé d’un coup de crosse. Lorsque je me relève, je le vois monter dans une automobile, et s’arracher. Mes tirs n’empêchent pas l’inexorable. Ils disparaissent tous deux dans un grincement de pneu. Je regarde le gamin refroidi. Je sens, que je ne suis pas prêt de prendre ma quille.

2 Comments

  • Sabrina

    Tout y est sieur Rodolphe !
    Vraiment, je dois dire que l’on voit la progression dans l’intensité et le maniement de la nouvelle depuis le début de l’ESL ! Tu as toujours ces histoires sous le pied, mais là, tu as totalement adopté le style et l’atmosphère réclamés pour ce type de nouvelle. Décor bien planté, personnages bien campés, originalité aussi par l’angle du sujet.
    Seul bémol (mais une broutille) = il porte un air (un peu étrange non ?)
    De même, pour le lecteur, la police d’écriture ne facilite pas forcément la fluidité, même si c’est une police qui correspond à ton univers, peut-être en choisir une plus classique qui est plus aidante (sur PC et portable).
    Voilà, merci pour ce texte, et au plaisir de lire le suivant, always 🙂 !

    • Rodolphe

      Bonjour Sabrina,

      Je te remercie pour ton retour sur cette nouvelle, et de me faire partager ton avis ! Je peux te dire que j’ai eu beaucoup de plaisir à l’écrire celle-ci, j’ai dû faire de la recherche sur les expressions et les mots argotiques pour que cela colle parfaitement haha ! J’ai beaucoup rigoler en voyant certaines haha !
      Oui, maintenant que tu le soulèves il est vrai que je dois peut-être songer à une autre tournure. Quant à la police d’écriture, je vais voir ce que je peux faire cette semaine pour la rendre plus « lisible » merci !

      Je te souhaite une bonne semaine et à bientôt,

      Rodolphe

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