La nuit fauche la vie

Consigne 13 – Écrire une nouvelle fantastique

Pour cette treizième consigne, il m’était proposé de me poser la question « et si…? » afin de m’aider dans la réalisation de cette nouvelle fantastique. J’ai réfléchi et mon imagination m’a porté sur une histoire où la nuit serait représentée tel un monstre assoiffé de sang humain. Je conduis l’aventure sur un groupe de jeunes qui doit survivre à ces nuits de plus en plus dangereuses et meurtrières. Cette nuit sera-t-elle leur dernière ?

Notre groupe dévalise la supérette locale, à la recherche de nourriture, de vêtements et de piles.

– Faites vite ! D’autres personnes peuvent rappliquer, m’écrié-je

– Lindsey, je n’arrive pas à trouver d’autres lampes-torches… s’exprime Charlie le cadet de la bande. 

– Va voir dans la réserve avec Amber, et vous les jumeaux chargez la voiture avec ce que vous avez trouvé, nous devons nous dépêcher !

Je continue dans les rayons à la recherche de couvertures pour les nuits qui sont très fraîches, car nous dormons dans la voiture de mon père, une vieille Ford de 1984. Nous essayons de survivre. Le courant général de la ville a été coupé quelques jours après les premiers signes.

Il n’y plus d’éclairage de nuit, plus de communication, et la ville est abandonnée. J’attrape au passage quelques vêtements chauds, où il est écrit “en promotion”, un semblant de civilisation là où il n’y a plus personne, excepté quelques survivants comme nous. Je remarque les jumeaux chargeant le coffre de la Ford, ils ont trouvé des boîtes de conserves alimentaires oubliées, et des packs d’eau. Je retourne sur mes pas, à côté des caisses, j’aperçois une boite de chewing-gum laissée au sol, je la prends. C’est vital pour l’anxiété quand la nuit approche. D’ailleurs, elle ne doit plus tarder, le soleil étire ses derniers rayons derrière l’horizon. Je m’adresse aux jumeaux.

– C’est super Jason et Tyler ! Avec ces rations nous allons pouvoir tenir une semaine entière.

– Nous devrions y aller Lindsey ! La nuit commence à tomber, s’exclame inquiet Jason.

– Et nous devrions trouver un autre abris pour ce soir, continue Tyler.

– Oui je sais. Charlie et Amber ne vont pas tarder.

Je ne sais pas pourquoi j’ai hérité du commandement, tout s’est passé tellement vite. Les jumeaux, Charlie, Amber, tous étaient mes voisins. Je ne me rappelle plus clairement comment nous avons sombré dans ce cauchemar, le seul souvenir qu’il me reste, c’est que nous devons survivre nuit après nuit, vivant dans la terreur.

Les jumeaux s’installent à l’arrière du véhicule. Je reste à surveiller les parages. Mon regard se porte aux alentours. J’observe la noirceur approchée au fur et à mesure que la lumière décline. Le froid vient avec elle, je frissonne. Je décide de partir chercher Charlie et Amber, en demandant aux jumeaux de ne pas bouger. Je traverse la supérette en courant, et j’entre dans la réserve. Je les surprends en train de s’embrasser.

– Ce n’est pas possible ! Vous croyez vraiment que c’est le moment ?!

– Si c’est pas maintenant ça sera jamais ! s’empourpre Amber tenant toujours aussi farouchement la main de Charlie.

– Nous n’avons pas le temps pour ces conneries !

– C’est pas ma faute si tu as perdu Bryan, il y a une semaine.

Ma main décolle pour lui donner une gifle. Je me ressaisis.

– Je suis désolée Amber.

Elle ne répond pas. Des bruits de pas se font entendre. Tyler apparaît en sueur.

– Mais il faut se magner bordel ! Ils arrivent.

Nous cessons immédiatement notre discussion et nous courons vers la sortie. L’obscurité s’infiltre petit à petit, en commençant par la réserve. Ses longs doigts essayent de nous agripper, nous redoublons d’effort pour leurs échapper. Tyler percute un petit rayonnage, il chute. L’enveloppe nocturne le saisit avec violence et l’avale sous nos yeux ébahis. 

– Tyler ! hurlé-je.

– Continuons à la voiture si nous voulons pas être les prochains, coupe Amber.

Nous nous échappons. Arrivés à la Ford, nous grimpons et je démarre à vive allure. La voiture s’éloigne. La supérette disparaît en ne laissant plus que les ténèbres derrière nous. Nous récupérons notre souffle. J’entends discrètement Charlie expliquer à Jason ce qui vient de se produire. Il se met à hurler de chagrin, et commence à se débattre.

– Laissez-moi ici ! Pitié ! Mon frère… pleure-t-il.

Charlie essaye de le réconforter.

– Nous ne pouvons pas. 

La carrosserie se met à grincer sauvagement. Elle commence à se compacter sous le poids d’une force terrifiante, celle de la nuit qui a faim.

– Elle va nous broyer vivants si ça continue ! Allume les phares ! crie Amber.

Je lance la commande, mais rien ne se passe. Tout devient noir et je perds le contrôle. Notre véhicule s’encastre dans un arbre. Je crie à tout le monde d’allumer leurs lampes-torches, mais je n’ai pas le temps de réagir, Jason est sorti. Il se précipite dans la nuit pour rejoindre son frère. Nos hurlements ne suffisent pas à le ramener, il est englouti par les ténèbres. Avec Charlie et Amber nous nous extirpons de la Ford, et nous nous enfuyons vers une sorte de cabane un peu plus loin. L’onde lumineuse dégagée par nos lampes éclaire notre chemin. Nous laissons derrière nous, nos vivres, notre eau et notre véhicule. Je regarde derrière, la voiture vient de sombrer dans la masse nocturne. Nos chances de survie diminuent. La nuit nous rattrape et nous encercle. Elle nous observe, affamée, scrutant la moindre erreur de notre part. Nous ne faiblissons pas et nous continuons notre fuite vers la cabane. La lampe d’Amber se met à clignoter par intermittence, puis s’arrête. Sa progression est ralentie, car elle ne voit plus très bien devant elle. Charlie la rejoint en vitesse pour l’éclairer, mais c’est déjà trop tard. L’ombre vorace s’enfonce dans Amber, et lui arrache sa vie. 

– Non ! crie Charlie.

Voyant la mort de sa petite-amie, il jette sa lampe-torche de rage contre la noirceur, et se rue vers elle dans un acte désespéré. J’assiste immobile à cette scène, je ne peux rien faire. Je le laisse courir vers sa mort pendant que je cours vers la vie, la cabane. Dès que je l’atteins, j’entre et je m’enferme immédiatement en calant une vieille chaise sous la poignée. Je m’assoie en m’adossant contre le mur opposé. Mes jambes tremblent, et mon cœur ne cesse de s’accélérer, j’ai peur, il ne reste plus que moi. J’éclaire le sol avec ma lampe-torche, elle commence à clignoter. À ce moment, je sens la chaleur de la cabane être absorbée, et des craquements annonciateurs se font entendre tout autour de moi. Je le sais maintenant. Je suis la suivante.

2 Comments

  • Sabrina P

    Bonjour Rodolphe !

    Que j’aime cette histoire ! J’adore l’idée que tu as trouvée, cette nuit dévoreuse des êtres et de leur âme. ON est happés jusqu’à la fin, on craint pour la vie de tes personnages, et à raison, la nuit ne laisse aucun répit, et se moque des jeunes sans batterie dans leur lampe-torche.

    Tes « et si » t’ont conduit dans un chemin fort intéressant, dans la lignée de King, que je lisais beaucoup plus jeune. Je ne sais pas pourquoi j’ai arrêté… Encore une fois, je vois qu’on a souvent quelques références en commun, et le choix des prénoms très anglophones me fait penser aux bons films d’horreur, comme massacre à la tronçonneuse… En octobre, c’est d’actualité. Eux non plus, je ne les regarde plus trop 🙂

    Belle journée à toi, au plaisir de lire la prochaine !
    Sabrina, ex ELS

    • Rodolphe

      Bonsoir Sabrina !

      Merci pour ton commentaire Sabrina, j’espère que tu vas bien ! Haha ! Je suis content que cette histoire te plaise. Il fallait que je fasse vivre mes personnages, les rendre attachants, et les faire mourir subitement… Je devais tout simplement torturer le lecteur haha ! Je pense que j’y suis bien arrivé.

      Je suis d’accord avec toi, mais aimer écrire, c’est aussi lire différentes lectures, et s’essayer à différents styles littéraires. Je n’avais jamais testé le genre suspens et fantastique avant. C’était une première pour moi ! Alors si une spécialiste comme toi aime cette histoire, j’ai réussi mon challenge !
      Oui j’ai vu ça, à voir si la suite sera intéressante haha ! Moi aussi je ne les suis pas tant que ça.

      Merci beaucoup,bonne soirée et à bientôt !

      Rodolphe

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