Perte de contrôle

Consigne 11 – Rédiger une nouvelle sentimentale

Pour cette onzième consigne, je suis entré dans le monde de la romance, et sujet oblige, je devais écrire une nouvelle qui l’illustre. Pour y parvenir, il me fallait écrire un événement réel ou fictif avec une femme qui serait particulièrement séductrice. J’ai opté pour une femme fatale, sous les traits d’une call-girl nippone. La rencontre se fera dans un bar, là où un businessman américain savoure son dernier verre avant de décoller le lendemain pour San Francisco.

Assis au comptoir, je tiens en main mon verre de whisky, que je viens de commander dans ce petit bar, niché entre deux ruelles du quartier de Ginza. Je sens l’alcool glisser dans mes veines, et commencer à me bercer de son entrave qui m’appelle à la plénitude. Mon esprit vagabonde, hors de mon contrôle. Ce voyage d’affaires à Tokyo m’a grandement épuisé, j’ai hâte de rentrer chez moi, à San Francisco. Des trois étagères qui recouvrent le mur en face de moi, une onde lumineuse fuit légèrement à travers les différents spiritueux. Cette tendre lueur se reflète sur mon unique glaçon, seul, tout comme moi. Le barman m’a laissé à ma solitude, préférant badiner avec deux jeunes femmes assises sur deux tabourets à ma droite. Je reprends une gorgée. Le nectar parcours l’intérieur de ma bouche avant de circuler le long de ma gorge. Mon stress professionnel se détache petit à petit, et s’envole pour rejoindre le ventilateur accroché au plafond. Je sens son air frapper mon visage. Ses pales tournent, et tournoient sans s’arrêter, pour offrir de la fraîcheur aux clients qui profitent pleinement de leur fin de journée.

Mes lèvres se posent à nouveau sur mon verre. Je ferme les yeux, et cette fois je me laisse conduire par la musique d’ambiance très jazzy. Les prouesses de Kenny G à son saxophone résonnent au fond de moi, et font écho à mon état de bien-être. Je me détends, totalement. Le barman me sort de ma somnolence.

– Voulez-vous autre chose monsieur ?

Mes yeux glissent lentement jusqu’au verre, je me rends compte qu’il est vide, seul le glaçon est encore présent.

– Non merci, je pense que je vais rentrer, combien vous dois-je ?

Il me regarde d’un air satisfait, content que je le laisse enfin avec ses deux conquêtes du soir, qui ne le quittent pas des yeux. L’addition arrive, je décide de m’attarder, pour profiter intensément de ce moment. Une pensée me vient. J’ai acheté un livre sur l’histoire de la ville, et je m’aperçois que je ne l’ai pas ouvert depuis que je suis à Tokyo. Je le récupère de ma mallette, et commence à le feuilleter. Je ne sais pas pourquoi je le fais, car je pars demain, mais comme je ne suis pas résolu à quitter ce lieu, ceci est une bonne excuse pour demeurer sur mon tabouret. Je lève la main, et commande un mojito au grand désarroi du barman, boisson que j’affectionne depuis mon dernier voyage à Séville. Mon index passe les pages, les unes après les autres. Les chapitres se succèdent : quand la ville a été édifiée, les fêtes qui se produisent, les lieux historiques à visiter… Arrivé au chapitre des musées, je suis captivé par le musée d’Edo, un endroit qui retrace 400 ans d’histoire architecturale à travers des maquettes de petites tailles, et aussi grandeurs natures.

– Le musée d’Edo n’est pas si fantastique dans le fond.

Une voix gracieuse me tire de ma lecture. Redressant la tête, j’aperçois une créature nippone. Les cheveux longs et fins ébènes la recouvrent jusqu’à la taille. Des yeux noirs allongés en amande, des lèvres dessinées au pinceau, un nez esquissant une courbe délicate, et des pommettes doucement rehaussées, complètent cette estampe tirée de l’art japonais. Appartenant plus à la fiction qu’à la réalité, elle est pourtant devant moi, bien réelle. 

– L’avez-vous…déjà…visité ?

J’arrive à articuler péniblement ces quelques mots, car elle ne cesse de me regarder attentivement.

– Bien sûr que je l’ai visité ! Autrement je ne serai pas à vous affirmer qu’il n’est pas si fantastique.

Son petit rire harmonieux ricoche, et se confond dans l’ambiance ouatée, d’où Kenny G continue de nous bercer. Je ne me suis pas rendu compte sur le moment, mais elle s’est assise à mes côtés. Elle indique au barman qu’elle désire boire la même chose que moi. Il faut moins de cinq minutes avant qu’il nous apporte notre commande. Elle saisit le verre de mojito de ses longs doigts gracieux, et se remet à me fixer. 

– Vous êtes venu pour le travail ou le tourisme ? 

– Le travail, j’avais plusieurs réunions.

– Dans quel domaine travaillez-vous ? 

– Financier.

– Que pensez-vous du Japon ?

– Sur ce que j’ai vu, c’est un pays fascinant.

– D’où venez-vous ?

– États-Unis.

– J’ai eu le plaisir d’aller à New York l’année dernière, c’est une ville également très fascinante, par son énergie et son dynamisme.

Les questions fusent sans que je ne puisse arrêter de répondre, en même temps que nos gorgées de mojito désinhibent nos êtres. Elle me sourit, tout en penchant sa tête légèrement sur le côté gauche pour s’approcher de moi. Je sens l’odeur de son parfum qui se dégage de sa chevelure soyeuse. Elle m’a sous son contrôle, je le sens. Je ne peux plus bouger, je suis piégé, accroché à sa toile, qu’elle a tissé autour de moi.  

– Dans quel hôtel êtes-vous descendu ? Nous pouvons continuer notre conversation dans un endroit plus discret, car je meurs d’envie d’en apprendre plus sur la culture américaine, et sur vous.

– Je suis descendu au Hilton à Shinjuku.

Sur mes mots, elle s’approche de moi, et je sens sa main remonter ma jambe droite. 

– Alors qu’attendons-nous pour quitter cet endroit monsieur l’américain ? 

Je me lève sans un mot, et pars régler l’addition. Après avoir payé, le barman me regarde maintenant d’un regard complice, et me souhaite une agréable soirée. Je la rejoins à l’extérieur, et nous prenons la route de mon hôtel. Dans ma chambre, elle se jette sur moi, et m’embrasse le cou, tout en parcourant mon corps de l’ensemble de ses mains. Elle arrache mes vêtements, tout en décrochant les boutons de ma chemise avec violence. Cela ne lui suffit pas, elle en veut plus. Le torse nu, elle me griffe le dos pour marquer sa possession. Je la déshabille entièrement à mon tour à vive allure, en ne gardant que la pureté de son corps dénudé. Nos lèvres s’entrechoquent dans une danse virevoltante mêlées de désir et de violence. Elle me met à nu totalement. Je sombre dans l’excitation, et me laisse aspirer par sa soif enivrante. Nous passons la nuit ensemble, harponné à elle, par un sort dont elle seule a le contrôle. 

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