Jules Brunet, le dernier samouraï

Consigne 10 – Écrire à partir d’un fait divers

Pour cette dixième consigne, je devais écrire une nouvelle en m’inspirant d’un fait divers. J’ai choisi d’écrire sur un fait historique. Je suis parti pour cela au pays du soleil levant, et j’ai décidé de raconter les circonstances de la chute du Shogunat Tokugawa (gouvernement militaire en vigueur au Japon de 1603 à 1867) pour le gouvernement impérial de l’Empereur Meiji. Un jeune capitaine français a participé à la défense des idéaux français, et des traditions japonaises derrière le dernier Shogun, Tokugawa Yoshinobu. Il s’est battu épaule contre épaule avec ses camarades, les derniers samouraïs.

Hakodate, nord du Japon, 9 Juin 1869

C’est par le bruit sourd des tirs de feu que la ville d’Hakodate sombra dans le chaos. Ils avaient été prévenus que leur rébellion à l’encontre de l’empereur ne resterait pas sans conséquence. Barricadés dans la ville, sans espoir d’attendre que la victoire vint à eux, et dans la fierté de mourir au combat, ils se laissèrent acculer par leur rage. Le capitaine Brunet, chef d’opération aidant cette jeune république, dirigea l’assaut.

– Que tous les hommes se tiennent prêts ! Ne laissons pas les troupes impériales nous submerger !

Aux prémices de cette bataille, avant que la charge ne sonne, cet officier d’artillerie français avait pris la décision de suivre, et d’aider ses camarades japonais à résister à l’armée de l’empereur du Japon. 

Le capitaine Jules Brunet, âgé de 31 ans à cette époque, avait passé 2 ans au Japon suite aux ordres de Napoléon III, afin de moderniser et d’instruire les troupes du gouvernement en vigueur, le Bakufu*. Un lien d’amitié solide entre la France et le Bakufu était né. Au début de la mission en juillet 1867, les 18 membres de cette expédition qui l’accompagnaient, ne se doutaient pas de la suite des événements. Une colère violente, animée par le goût du sang, était venue du sud du Japon contre le Bakufu. Ces chefs de guerre sudistes ne supportaient plus le pouvoir du gouvernement qui dirigeait d’une main de fer le pays depuis 1603 sous l’égide de la dynastie des Tokugawa*. Ils voulaient la renverser et placer à sa tête le dirigeant légitime, l’empereur Meiji, qui donna par la suite son nom à cette “restauration”. Lorsque les premières échauffourées étaient apparues, la France prit aucun parti, et se déclara neutre envers le pouvoir impérial et le Bakufu. Demandant immédiatement le renvoi de la mission, le chef de groupe le capitaine Charles Chanoine organisa sans délai le retour en France. Mais un homme avait décidé de continuer cette politique d’amitié française à l’égard du Bakufu, Jules Brunet. Expliquant sa démarche cavalière à ses supérieurs, il écrivit une lettre à son empereur Napoléon III, où il exprima son souhait de continuer ce lien d’amitié qu’a la France avec le gouvernement Tokugawa, il refusa de croire que la politique française avait échoué. Il embarqua par conséquent en secret dans un navire du Bakufu en direction d’Hokkaido*, avec quelques-uns de ses compagnons français, l’ancien ministre des affaires étrangères, l’ancien gouverneur de l’armée de terre, et des hauts fonctionnaires, tous amis des Tokugawa.

Le début de sa deuxième mission, plus personnel, avait commencé en octobre 1868. Ils débutèrent leur expansion sur cette île d’Ezo*, terre sauvage disputée par aucune puissance, et se proclamèrent une république indépendante, fidèle à l’empereur, et défenseurs du pays contre l’ennemi du nord, la Russie. Voulant d’abord rassembler les chefs de la confédération se trouvant sur l’île, ils échouèrent suite à l’abandon d’un des principaux clans. Des troupes formées par l’ancienne mission française arrivèrent un mois après. Le 3 décembre de la même année, un corps d’armée de 4 000 guerriers dévoués à l’ancien gouvernement débarquèrent sur l’île, prêts à changer leur politique d’action. 5 jours plus tard, ils s’emparèrent de la capitale de l’île abritant 50 000 âmes, Hakodate, aux mains des serviteurs de l’empereur. S’assurant de leurs positions stratégiques terrestres, ils lancèrent leur plan d’envergure pour coloniser l’intégralité de l’île. Ce fut à la fin du mois de décembre qu’ils y parvinrent. Les combats finis, la coalition se lança pour la première fois au Japon, dans des élections s’inspirant du système américain. Un chef du gouvernement fut nommé, et la république d’Ezo vit le jour. 

Pendant ce temps, la prise d’Hakodate prit de stupeur le gouvernement de l’empereur Meiji reconnu par aucune puissance étrangère, hormis l’Angleterre et la Hollande. Jules Brunet voulant concilier les deux parties, envoya une lettre de paix à Edo* adressée à l’empereur, portant sur la régularisation de la république d’Ezo en leur confiant la colonisation de l’île. Mais l’Angleterre n’approuva pas, voyant un stratagème dissimulé par Brunet de s’accaparer cette jeune république, amie de la France. Révolté et avec l’aide de la Hollande, ils conseillèrent l’empereur d’annuler cet engagement, et de décréter la république d’Ezo ennemi de l’état. Forte de soutiens, l’empereur accepta, et envoya sa réponse expliquant l’intervention prochaine de l’armée impériale. Jules brunet organisa les défenses, approvisionna les greniers, et arma les hommes : la guerre était lancée !

Le 17 Mais 1869, en cette région d’Hokkaido, ses plages avaient vu rejetées plusieurs régiments de soldats, totalisant un effectif de 7 000 âmes guerrières prêtes pour effacer le déshonneur de cette république d’insurgés. Les défenseurs ne comptabilisant plus que 3 000 soldats, la défaite était proche. Malgré une bonne résistance, les soldats impériaux passèrent sans difficulté jusqu’à la ville d’Hakodate. Dans la forteresse de Goryokaku*, les 800 hommes restants de l’armée de la république d’Ezo armés de sabres, de lances, et de fusils sans munitions attendaient le combat final face à une armée moderne 8 fois supérieure. Il était temps de lancer l’assaut.

– N’oubliez pas pourquoi vous vous battez, fidèles soldats aux ordres de la république, garants d’un monde nouveau. Chargez ! ordonna le capitaine Brunet.

Les troupes se rendirent après une semaine de combat acharné. Le temps passa, les gouvernements changèrent, mais personne n’oublia au Japon, ce capitaine français qui s’était lancé dans la mêlée, aux côtés de ses compagnons, les derniers samouraïs.

Bakufu : gouvernement militaire dirigé par un chef de guerre

Tokugawa : dynastie ayant dirigé le Japon de 1603 à 1867

Hokkaido : l’île la plus au nord du Japon des quatre îles principales

Ezo : ancien nom d’Hokkaido

Edo : capitale du Japon, ancien nom de Tokyo

Forteresse de Goryokaku : forteresse au centre de la ville d’Hakodate

2 Comments

  • Sabrina P

    Coucou Rodolphe, je te retrouve en dehors de la formation avec un texte qui te ressemble, par le sujet choisi, et la manière de l’amener. C’était une chouette idée de partir d’un fait historique, même si j’avais personnellement pas vu la consigne sous cet angle. Je ne connaissais pas cette histoire, donc c’était un plaisir de la découvrir. Attention à « la prise d’Hokodate prit », avec le s et la répétition proche. A part ça, j’ai apprécié cette lecture, qui sort complètement de ce que je lis d’habitude !

    Belle journée à toi, Sabrina, ancienne, façon de parler, de l’ESL !

    • Rodolphe

      Coucou Sabrina !

      Je suis heureux d’avoir ton retour concernant ma nouvelle sur Jules Brunet. J’ai voulu rendre à César ce qui est à César, car beaucoup de personnes ayant vu le film « Le dernier samouraï » n’imaginaient pas que le vrai protagoniste était un français ! Bon, je me suis fait un peu retoquer, car ma nouvelle tendait plus vers l’historique que le fait divers haha ! Mais dans l’ensemble ils ont apprécié. Je prends note de ta correction et je vais mettre à jour le texte de ce pas, merci !

      Merci beaucoup, très belle journée à toi aussi, bon week-end et bon courage pour la rentrée !

      PS: tu as arrêté la formation ?

      Rodolphe

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