Un parfum de cyanure

Consigne 9 – Rédiger une nouvelle à partir d’une liste de contraintes

Pour cette neuvième consigne, je devais me référer à une liste de contraintes, en plaçant 5 mots qui m’étaient donnés, ainsi qu’orienter mon texte vers une nouvelle « noire ». J’ai choisi de décrire les années 20, en y mêlant un soupçon d’Agatha Christie. J’ai volontairement laissé la fin en suspens pour écrire par la suite une version améliorée.

1928, Réveillon de Noël, dans un manoir près de la ville d’Anvers. Il est 19h45.

– Oh ! Ma maîtresse !

Un cri d’horreur strident, et angoissant traverse le couloir en direction des invités qui partageaient ce début de soirée, une coupe à la main. Les invités interloqués se ruent à vive allure en direction du cabinet de travail d’où le bruit venait. Le majordome, la main encore posée sur la poignée de porte, constatait en état de choc, la scène. Le corps de sa maîtresse, une femme âgée, est retrouvé morte. Son buste reposant sur le bureau, un stylo plume planté dans son dos. 

– Mère ! 

Un colosse avoisinant les 2 mètres à la crinière argentée, se jette dans la précipitation sur le bureau.

– Arrêtez, Adam ! Je vous en prie.

Une vieille femme, probablement du même âge que la victime, venait de stopper net le géant.  

– C’est une scène de crime. Il vaut mieux ne rien déranger, car des indices peuvent être encore présents, continue-t-elle.

– D’accord, c’est vous l’experte Elisabeth, rétorque Adam hagard.

– Venez mon mari, laissons faire madame Maessen.

Son épouse Eléonore lui prend la main, et le tire vers elle. À côté, une femme d’une cinquantaine d’année, combinaison de rallye beige, et casque lunettes sur la tête, prend à son tour la parole. 

– Mère ! Qui a osé vous faire ça ?! elle commence à sangloter.

– Venez dans mes bras Colette, vous aussi. 

Eléonore prend dans ses bras sa belle-sœur, pendant que le reste du groupe regarde la scène, effrayé, et sans bouger. 

– Nous devons appeler immédiatement l’inspecteur de police, Nathan dépêchez-vous ! ordonne une des invités au majordome.

– J’y cours madame Emma.

– Ma chérie, accompagne Colette, Eléonore, et les deux amies de Lucas avec toi pour les conduire dans le salon, dicte son mari, Charles.

– Elles s’appellent Mila et Lina, coupe Lucas.

– Suivez-moi mesdames, dit Emma.

Les femmes quittent le cabinet de travail sauf une, Elisabeth Maessen, détective privé à la retraite.  

– Je vais vous demander, mes chers amis, de rejoindre le salon, car je vais mener ma propre enquête avant que la police arrive.

– Vous avez besoin de quelque chose ? demande Charles. 

– Non, c’est gentil, il est important que vous rejoigniez le salon, et que vous demeuriez ensemble, car l’un de vous abrite le meurtrier.

Les hommes se regardent entre eux. Seul Lucas et Léopold étaient restés muets depuis la découverte du corps.

– Bon, je retourne au salon retrouver mes deux sirènes.

– Comment ne pouvez-vous pas être ému de la mort tragique de notre grand-mère Lucas ? s’empourpre Charles.

– Tout le monde ici avait une certaine rancœur pour cette mégère ! Il ne faut pas se le cacher, alors, arrêtez très cher cousin de vous voiler la face. Regardez ce qu’elle a fait à votre frère Léopold, elle a racheté tous les tirages de son dernier livre, pour ne pas le voir publier. De plus, elle voulait tous nous retirer de son testament !

– Vous osez manquer de respect à votre grand-mère, tandis que son corps est encore chaud. Vous me décevez mon neveu, coupe Adam dépité.

– Je suis juste plus honnête que vous, et bon débarras ! 

Sur ses mots, Lucas part rejoindre le salon.

– Maudit soit-il ! Allons les rejoindre nous aussi, comme l’a suggérée Elisabeth, et laissons la enquêter.

 Adam, Charles et Léopold s’éloignent à leur tour du cabinet de travail, afin de rejoindre le reste des invités. La détective privée se retrouve enfin seule. Elle commence à observer la surface du bureau. Une enveloppe ouverte où est inscrit sur le verso “Nouveau testament d’Augusta Andersson à la disposition de Maître Marcus”. Elle regarde à l’intérieur, son contenu est vide. Elle examine les alentours, et s’aperçoit qu’une boîte de clous de girofle vide est à ses pieds. 

– Il me semble que Lucas se plaignait d’un mal de dents au début de la soirée. Je crois que c’est Eléonore qui lui en a donné. pense-t-elle à voix haute.

Elle regarde à présent avec attention le stylo plume plongé dans le dos de la victime. Très belle pièce d’orfèvrerie. Une inscription gravée dans le manche en ivoire ressemble à des initiales “LA”. Elle constate l’état de sa fidèle et vieille amie Augusta. Elle se penche sur son visage. Elle n’a pas été brutalisée, aucune marque sur son cou, et sa coiffure est irréprochable. Une odeur d’amande amère flotte dans la pièce à proximité de sa bouche. Cela intrigue Elisabeth.

– Mon Dieu ! Du cyanure ! Je suis sûre qu’elle a été empoisonnée, puis on lui a planté cette arme dans le dos, pour nous égarer sur une fausse piste. Ce qui est étrange, c’est qu’il n’y a aucune seringue, ou verre qui auraient pu contenir le poison. Je vais retourner au salon pour les interroger.

Elle quitte la pièce, en jetant un dernier regard tendre sur son amie qui semblait paisible. La promesse qu’elle venait de se faire, était de débusquer le meurtrier. Un silence pesant au parfum de conspiration régnait quand Elisabeth les rejoint. Elle scrute les convives qui fuyaient son regard perçant. Elle s’adresse à Lucas. 

– En début de soirée, n’aviez-vous pas mal aux dents ?

– Il est vrai, je l’ai encore, heureusement que tante Eléonore avait ses clous de girofle avec elle.

– À présent, voyons qui a quitté le salon. Je me rappelle que madame Eléonore Andersson s’est absentée dès qu’elle est arrivée vers 19h10, afin de se rafraîchir, et que monsieur Léopold Andersson était introuvable lorsque je suis arrivée à 19h, il est revenu peu après, essoufflé, conclut Elisabeth. 

– C’est tout à fait ça madame Maessen ! Léopold après avoir glissé son offrande “généreuse” d’un billet de cent francs belge dans la boîte de Noël pour les employés s’est retiré à l’étage.

– Emma je vous en prie, arrêtez, somme Charles.

– Pour moi, c’est soit Léopold, soit Lucas, le meurtrier. L’un était absent, et l’autre fixait sa montre chronomètre, il attendait quelque chose, insiste Emma.

– Vous divaguez ! réfute Lucas agacé.

La sonnette retentit dans toute la maison, la police venait d’arriver. C’est sur un goût amer, celui du meurtre, que la soirée du Réveillon de Noël a tourné au cauchemar.

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