Promenade fatidique

Consigne 7 – Créer une nouvelle à partir d’une structure d’un texte d’auteur

Pour cette septième consigne, comme son nom l’indique, je devais reproduire une nouvelle à partir d’un texte d’auteur. Le texte proposé s’intitulait « La crème du crime » de Boileau-Narcejac. J’ai repris la même structure que l’écrivain, mais en modifiant le personnage du frère handicapé par un petit chihuahua.

– Marc ! Dépêche-toi ! Il faut sortir le chien, c’est l’heure de sa promenade.

Il sort de son atelier un pinceau à la main en vociférant.

– Je suis en pleine inspiration chérie ! Je viens de terminer la première ébauche !

– Il est 17h. Tu sais que notre petit chou est très sensible à sa routine. Il va être stressé autrement, et je n’aime pas quand mon petit bébé est perturbé.

– Et bien emmène le ! Dit sèchement Marc.

– Je ne peux pas. Je dois appeler ma mère pour savoir comment s’est passée sa visite chez le médecin. Viens voir maman Pilou ! clôtura-t-elle.

Un petit chihuahua couleur crème et à poil court apparaît à grande vitesse dans le vestibule. La langue pendue, et les yeux globuleux. il regarde avec admiration sa maîtresse.

– Tu promets d’être bien sage avec papa et de lui obéir. Et toi chéri, fais bien attention à marcher calmement, de ne pas trop tirer sur sa laisse et d’éviter les trottoirs en plein soleil. Pilou supporte très mal la chaleur.

– Oui c’est bon, fulmine Marc. Tu me l’as suffisamment répété ! Allez, ramène-toi le goret.

– Je t’interdis d’appeler notre petit chou “goret”, tu vas l’angoisser !

– Il ne risque pas de me comprendre, c’est un chien ! On y va le goret.

Il se traîne à son atelier en ruminant pour ranger son pinceau. Il récupère la laisse, attache Pilou et quitte l’appartement. Il appelle l’ascenseur. Marc sent la colère croître en lui. Sa fréquence cardiaque s’accélère, et son visage s’empourpre à vue d’œil.

– Arrête ça !

Il tire sur la laisse pour arrêter Pilou, qui gratte contre les parois de l’ascenseur. Il agit toujours comme ça pour montrer son excitation.

– J’en ai marre de te sortir à chaque fois que je suis dans mon atelier. Cela me coupe dans mon élan artistique !

Sur le trottoir devant chez lui, une pensée lui vient. Il habite au cinquième étage, une chute est vite arrivée. Il se sent observé. La concierge lui dit bonjour, elle sort les poubelles. Il tire à nouveau sur la laisse violemment. Pilou couine.

– T’aimes pas ça, et bien alors avance plus vite !

Arrivé à l’angle de la rue, il retire le collier de Pilou.

– T’es un chien intelligent, tu sauras marcher sans.

Il ne supporte pas d’être avec Pilou. Il a toujours l’impression que les passants se moquent de lui, car son chien est un rat sur patte. Marc est une personne où la virilité est très importante chez un homme. Un esthète du corps et de l’esprit. Alors, accompagner ce petit chien immonde dans sa promenade quotidienne le pique au plus haut point dans son élitisme masculin.  

Il traverse le passage piéton au feu rouge, une voiture vient rapidement. Pilou accélère le rythme et suit de près Marc. Marchant sur le trottoir le plus ensoleillé, la chaleur y est écrasante.

– S’il pouvait attraper une quelconque insolation, je serais tranquille quelques temps. Pensa-t-il à voix haute.

Il passe à côté d’une galerie d’art. Des tableaux d’inspiration Asie orientale représentaient un marché flottant. Les notes de couleurs ondulaient du bleu au violet. Derrière lui, Pilou lèche le bitume… Des jours de tranquillité ! Plus de sorties à 17h, je pourrais enfin finir mon exposition. Mon galeriste n’arrête pas de me relancer. Quand il rentrait de la promenade de vendredi, chaque fois la même phrase l’accueillait.

– Tout s’est bien passé ?

– Oui, Pilou a été calme.

– Super, demain, tu l’emmèneras chez le masseur canin !

Le comble de son agacement. La tâche la plus dégradante qu’elle pouvait lui demander. Il n’en pouvait plus de tous ces égards. Toujours et toujours plus d’attention pour ce petit monstre choyé à excès. Marc explose. Les nuits lorsque Pilou est agité, nous nous levons pour le rassurer, et il finit sa nuit dans le lit. Quand il boit de travers, nous lui tapons doucement sur le dos. Petit chou qui tousse, il passe la journée dans une couverture chauffante. Puis, s’il est prit d’une envie de mordiller mes chaussures, c’est ma faute de les avoir laissées devant l’entrée. Trop c’est trop !

Pilou avale une feuille qui traîne au sol. C’est son nouveau passe temps. Il ne dit rien. S’il veut en faire son régime alimentaire et s’étouffer, ce n’est pas mon problème. Marc a chaud, de la sueur commence à perler sur son front. Il traverse la rue pour se placer à l’ombre. Pilou le suit.

Il continue son chemin. La vie urbaine se fait plus rare. Tandis que le soleil frappe vigoureusement le bitume, le vent s’est enfui vers le centre-ville. Son esprit vagabonde. Pourquoi ne pas faire disparaître Pilou ? Il aurait pu m’échapper des mains, et s’enfuir loin… Mais ayant une puce dans l’oreille droit, il serait facilement retrouvé, et moi je passerais un sale quart d’heure. Pilou ne tardera pas à retrouver sa place, et moi à creuser davantage le fossé dans lequel je me trouve. Une solution me reste. Pilou ne revient pas. Un chemin de fer longe le vieux quartier industriel. Il serait aisé d’accrocher sa laisse aux rails, puis de rentrer les bras ballants, la tête abattu, et en prétextant que tout s’était passé rapidement. Le train l’avait fauché. C’était la solution. La solution nécessaire pour des journées de création sans interruption.

Marc se dirige sans plus tarder vers les rails. Il place Pilou contre ceux-ci, et commence à sortir la laisse de sa poche. Pilou la saisit avec sa mâchoire, et s’enfuit en suivant les voies ferroviaires. Il lui court après. Pilou s’arrête cent mètres plus loin, à côté de l’aiguillage. Marc le rattrape et empoigne la laisse que Pilou avait laissé tomber. Pilou saute en dehors du chemin de fer, et se positionne sur un monticule de terre. Marc va à sa rencontre, mais son pied se retrouve coincé entre deux rails. Pilou le regarde, la tête penchée, la langue tirée, et les yeux sortant de leurs orbites. Les barres d’acier se mettent à vibrer. Un grondement strident arrive à ses oreilles. Il se retourne rapidement. Une lumière puissante s’attaque à lui, suivi d’un craquement brutal, et fatal. Le soleil lui jette un dernier regard avant que la nuit l’enveloppe, à jamais. 

2 Comments

  • Roy Marie-Josée

    Cooki Rodolphe, j’aime beaucoup cette histoire de Pilou, qui évoque un quotidien routinier de ceux qui ont des « toutous » à promener. Surtout lorsque le promeneur, n’est pas le propriétaire du chien, la corvée devient lourde au fil des jours, des semaines, des mois. Tu décris à merveille l’agacement du mari pour « ce rat sur pattes ».

    • Rodolphe

      Re bonjour chère Marie-Josée,
      Je te remercie à nouveau pour ce retour sur cette promenade fatidique haha ! Effectivement, cette corvée peut devenir à la longue lourde pour beaucoup de personnes qui ne sont pas les propriétaires légitimes de ces canidés. Espérons que dans ces cas-là, le fatalisme n’emportera pas l’acte irréversible haha !
      En te souhaitant une nouvelle fois une excellente fin d’après-midi,
      Bien affectueusement,
      Rodolphe

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