Petit plaisir contrarié

Consigne 3 – La nouvelle instant

Pour cette troisième consigne, je devais écrire une nouvelle, où un changement particulier créera une rupture chez le héro. J’ai pris l’exemple d’un vieux couple qui se disputera, quand le mari découvrira que sa femme n’avait pas acheté son petit plaisir du soir.

– Quoi ! Il n’y en a plus ?

George, un homme fier de 71 ans s’adressait à Yvonne son épouse de 68 ans.

– Oui, ce matin quand j’y suis passée, il y avait une rupture de stock.

Yvonne se retourna et continua de laver la salade qu’elle avait rapportée du marché.

– Mais comment je vais faire ce soir ? Tu sais très bien que c’est mon petit plaisir…

– Que veux-tu que je te dise ? Il n’y en a plus, sortit Yvonne d’un ton sec.

– Pourquoi n’es-tu pas allée dans une autre boutique ? S’indigna George.

– Tu le sais parfaitement ! J’ai été occupée avec les préparatifs du dîner de ce soir.

– Quand bien même, tu aurais pu y aller. Cela te prenait quelques minutes, coupa-t-il.

– Ça se voit que tu n’étais pas là, le caddie était lourd et encombrant. Par ailleurs, tu pourrais m’aider de temps en temps avec les courses !

Yvonne plaça la salade sur une planche, prête à la découper.

– Avec toi c’est toujours la même chose, tu penses que je ne t’aide pas suffisamment.

– Je ne fais pas que le penser, je le dis aussi. Tu ne m’aides pas assez !

Elle commença à découper la salade avec furie.

– En plus, la seule chose qui t’intéresse quand je fais les courses c’est de savoir si je n’ai pas oublié “ton petit plaisir” du soir, continua-t-elle.

– C’est faux, la dernière fois je suis venu avec toi.

– Et tu crois qu’une fois ça change beaucoup !? Se retourna Yvonne en direction de George le couteau à la main.

– Et bien… C’est vrai que ça ne change pas au fait que je ne suis pas très présent durant les courses, mais tu sais que je n’aime pas les faire. Cela m’ennuie terriblement, souffla George pas concerné.

– Tu m’agaces ! Tu crois vraiment que moi ça me plaît ?

Elle posa brutalement le couteau sur le plan de travail et mit la salade dans un plat qu’elle venait de sortir.

– Tu ne t’es jamais plainte auparavant, je pensais que tu avais un certain plaisir pour les courses, que c’était ton truc.

– Tu crois vraiment à ce que tu viens de dire ? Je les fais parce que je n’ai pas le choix, si nous voulons manger, une personne doit se dévouer, toute personne bien constituée connais cette vérité, rétorqua brusquement Yvonne.

Elle saisit les patates en face d’elle et commença à les éplucher.

– Comme tu viens de le dire si justement : une personne doit se dévouer. Il n’y pas de raison que ça change, répondit George pour surenchérir.

– Laisse moi cuisinier tranquillement, je t’appellerai quand le dîner sera prêt.

Yvonne était au bord de l’explosion.

– D’accord. Cela tombe bien. Je dois appeler Robert et Gisèle concernant l’invitation de vendredi prochain.

– Passe leur le bonjour de ma part, dit Yvonne avant qu’il ne sortit de la cuisine.

– Mais franchement, tu aurais pu passer à l’autre échoppe, tu sais à quel point cela m’aide pour ma digestion.

– Je peux te faire une tisane pour t’aider à mieux digérer, riposta Yvonne.

– Ce n’est pas pareil ! Après chaque journée de dure labeur, ma douche prise et un bon repas apprécié. Je m’assois dans le fauteuil du salon et je savoure ce verre d’armagnac, celui que j’attends avec impatience le soir, expliqua George.

– Oui, mais maintenant tu es à la retraite. Tu t’occupes seulement du jardin, alors appeler ça “une dure journée de labeur”.

Yvonne avait fini d’éplucher les patates et de les découper en fines tranches. Elle les plongea dans un plat à gratin.

– Ça reste tout de même des journées bien chargées. J’ai les mauvaises herbes à arracher et les rosiers à tailler en plus. Dans quelques jours c’est le printemps ! Signala George.

– Tu te trouves toujours des excuses, j’ai besoin que tu m’aides plus, je vieillis et je suis seule à gérer la maison.

– Je suis de bonne volonté ma chérie, mais à chaque fois que je viens pour t’aider tu râles…

– Evidemment ! Tu arrives avec ton air empoté pour me demander “que dois-je faire ?” Cela fait 40 ans que nous vivons dans cette maison, après tout ce temps tu ne sais toujours pas où sont les choses, au lieu de ça je suis obligée de toujours t’expliquer comment tout fonctionne ! Ça m’énerve ! Yvonne explosa.

Elle ouvrit le réfrigérateur, saisit du reblochon, parsema de fromages les patates et sala et poivra.

– Et je suis obligée de supporter ça ! Elle bouillonnait sur place.

Elle plaça le plat dans le four et lança le cycle de cuisson, puis elle se redressa et fixa George droit dans les yeux.

– Tu ne dis plus rien !?

George resta silencieux aux reproches d’Yvonne.

– Toutes ces années, j’ai toujours fait en sorte que la maison tourne : pour notre couple et nos enfants. Je me suis sacrifiée pour tes caprices et été patiente avec les humeurs changeantes de “monsieur”. Et aujourd’hui pas un “merci” ! Ni un « comment vas-tu ? », non juste un “comment je vais faire ce soir sans mon petit plaisir ?” et bien écoute mon chéri, je vais te le dire. Je, m’en, fous, royalement. Ça t’en bouche un coin !? Tu restes là, immobile et tu t’obstines à ne rien dire. Tu contemples sagement ta femme exploser.

– Non, tu ne peux pas dire ça. Je vois l’excellent travail que tu as fait avec nos enfants et notre couple, et que tu continues de faire au quotidien. Tu es une mère formidable et une épouse dévouée. J’ai vraiment beaucoup de chance de t’avoir.

Il prit les mains d’Yvonne et pendant ce temps une fumée noire commença à s’échapper du four.

– Tu crois que que tu vas m’attendrir avec ces paroles ?

Elle lâcha ses mains.

– Je veux que tu m’aides plus, et que tu ouvres enfin les yeux. Si je pars avant toi, comment tu feras ? Persista-t-elle.

– Nous verrons en temps voulu, tu n’es pas encore morte !

– Mais après il sera trop tard…Si tu ne changes rien tu finiras comme un légume en maison de retraite, s’obstina-t-elle.

Une odeur de brûlé se faisait sentir dans la cuisine.    

– Ah tu vois ce qui arrive ! Je n’ai pas surveillé la cuisson par ta faute.

Yvonne ouvrit le four et sortit le plat calciné.

– C’est bon, arrête ma chérie ! Prend ton manteau, car ce soir je t’invite au restaurant. Plus de petit plaisir égoïste, déclara George en souriant tendrement.

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