Entre brouhaha et sérénité

Consigne 4 – Le fragment autobiographique

Pour cette quatrième consigne, je devais écrire un texte en fragments. Le premier est une sortie extérieure, où je décris tout ce que je vois. Le deuxième un souvenir qui met cher. Le troisième n’est autre que ma réflexion coucher sur le papier. Et le quatrième un texte regroupant le premier et le deuxième fragment en me servant du troisième comme fil conducteur.

1er fragment

Le soleil se montra enfin aujourd’hui. Le cri des enfants résonnait à l’extérieur porté par les brises fraîches du printemps. Ils se pressèrent accompagnés par leurs mères dans les jardins publics. Les automobilistes moins patients qu’à l’habitude haranguaient d’autres usagers : un cycliste trop lent, un conducteur moins vif qui mettait plus de temps pour sortir de son emplacement de stationnement. La factrice quant à elle faisait sa distribution en chantonnant. Les personnes âgées profitaient du temps clément, et du jour du marché pour se rencontrer afin d’échanger sur leurs problèmes de santé. Les amoureux de leurs côtés, ne voulant pas rater le spectacle de cette belle journée, se dépêchèrent pour trouver une place libre aux terrasses des brasseries déjà bondées. Les commerçants de vêtements, et le libraire arrangeaient leurs devantures en mettant en avant leurs plus belles pièces. Les effluves odorants de la parfumerie se mêlaient aux senteurs du vendeur d’épices avoisinant.

Plus loin, un guitariste grattait sur ses cordes un air d’été. De l’autre côté, les boucheries étaient prises d’assaut, de même que le fromager, et le primeur. Les habitants, optimistes, avaient comme désir de prolonger ce moment de bonheur jusqu’au soir autour d’un barbecue en famille et pourquoi pas avec des amis. Malgré un léger fond d’air froid, tous avaient laissé tomber les pulls, pantalons, manteaux et autres tenues hivernales. La blancheur de leurs peaux couvertes durant l’hiver apparaissait maintenant à la face de l’astre chaleureux. Un sentiment de béatitude m’apparut. Cette agitation enivrante de sourires, de rires, et de va-et-vient entre les différentes boutiques annonçait un été imminent. C’était les vacances de Pâques et nous étions samedi. La joie rayonnait.

2ème fragment

Quel plaisir ! Nous avions avec mon petit frère lorsque nous étions jeunes, et que nous habitions dans cette demeure historique bordée par une forêt. Nous profitions de nos vacances tout au long de l’année pour vadrouiller dans cette profonde verdure. Revêtant la posture d’un chasseur, nous suivions avec soin les traces de gibiers laissées au sol. Marchant des heures dans cet espace dénué de présence humaine, notre imagination était en totale ébullition. Je me rappelai du jour où nous avions suivi une piste qui nous emmenait près d’une grotte nichée à proximité d’une cascade. Elle était abritée par des hautes herbes. L’intérieur était chaud, et dépourvu de lumière directe. Quelques touffes de poils traînaient au sol. Peut-être celles d’un renard ? Quant aux murs, ils étaient recouverts de griffures laissées par des animaux, comme celles d’un chat contre un canapé. L’atmosphère endormie du lieu respirait la tranquillité et le calme. Ressortant de cette tanière, le chant doucereux des petits oiseaux forestiers renforça la magie qui y régnait. La cascade se déversait langoureusement dans le lac au rythme du vent qui venait le chatouiller en sa surface. Le soleil se baissa sur l’étendue d’eau pour lui prodiguer de sa chaleur. À son contact il scintilla, et le décor environnant se projeta comme dans un miroir. Nous nous étions assis un moment à contempler ce spectacle figé dans l’instant, l’instant d’un clignement d’yeux.

3ème fragment

Le premier fragment évoque l’agitation de la vie urbaine, articulée autour du printemps. Les gens sont heureux, pressés et d’autres plus agités, mais la joie rayonne.

Le deuxième fragment est une promenade en forêt où l’empreinte humaine est inexistante, seuls les éléments de la nature y règnent.

Je peux voir qu’en relisant les deux fragments le soleil a toujours sa place : au début dans le 1er et à la fin dans le 2ème. J’ai décelé une sorte de comparaison entre l’univers urbain et le monde secret au sein d’une forêt, l’un bruyant l’autre quasiment silencieux. Mes descriptions sont plus portées sur la vue, et l’ouïe que sur les autres sens. Je vois également que dans le 1er fragment je suis passif et j’observe les différents éléments tandis que dans le 2ème je me laisse porter par la nature.

4ème fragment

Charles était un amoureux de la photographie. Il ne comptait plus les nombreuses heures passées à l’extérieur à capturer des instants du quotidien. Chaque soir, une fois sa journée de travail bouclée, c’était son rituel : il déambulait dans les rues l’appareil photo à la main, tel un chasseur pistant son gibier, il cherchait “la prise” parfaite. Sur cette voie, plusieurs proies tombaient face à son objectif : un petit enfant courant en direction du parc suivi de près par sa mère, plus loin un jeune couple marchant main dans la main en examinant les vitrines des grands magasins, et de l’autre côté de la rue une vieille femme assise sur un banc donnant du pain rassis aux pigeons. Toutes les photos qu’il prenait transpiraient la joie. Le seul tracas à son état d’esprit se trouvait être l’agitation ambiante : le grincement des pneus sur le bitume, et le brouhaha des klaxons résonnaient aux alentours. Charles aspirait au calme.

En rentrant de sa chasse, un peu fatigué, il déposa son appareil photographique sur la table, et sortit un album photo, celui de son enfance à la campagne. Des souvenirs lui apparurent chaque fois qu’il tournait une page. La lumière qui se reflétait dans les feuillages d’été, et les nuances de violet, de bleu, de rose et de rouge surgissaient en lui. Toutes ces couleurs étaient présentes dans son esprit. Il ferma les yeux. Le bruissement du vent qui dansait parmi les arbres arriva à ses oreilles. Le soleil de son côté caressait tendrement l’onde étincelante de la rivière avoisinante. Non loin, des petits oiseaux chantonnaient délicieusement un air mélodieux évoquant l’arrivée de l’été. Un bonheur profond commença à remonter, et pris d’une émotion nostalgique, il sentit quelque chose dans sa main, son appareil photo. Ne réfléchissant pas, il dirigea celui-ci vers ce paradis, et le figea le temps d’un instant. Un instant qui suffisait à saisir l’harmonie du lieu.

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