Dérive en canoë

Consigne 1 – La nouvelle d’inspiration autobiographique

Pour cette première consigne, je devais raconter un épisode de ma vie en me mettant en scène. Il me fallait insister sur deux phrases. La première une accroche pour le lecteur, et la deuxième marquante. J’ai alors décidé d’écrire sur une aventure en kanoë.

Avec mon petit frère, nous avions l’habitude durant notre enfance, de sortir le canoë dès que nos cours matinaux étaient finis. Un instant privilégié du quotidien que nous pouvions nous permettre aisément vu que nous habitions sur une île. Notre maison se trouvait perchée sur la cime d’une petite montagne. Nous étions reliés aux abords de l’océan Indien par un chemin étroit qui descendait jusqu’à la plage. Nous attendions chaque jour avec impatience de pouvoir descendre ces marches à vive allure avec notre embarcation sur le dos.

J’avais 13 ans, il en avait 10, et déjà notre soif de liberté se faisait entendre !

Tirant le canoë sur l’eau, nous sautions dedans et nous commencions à pagayer. Nous glissions sur les flots à la vitesse d’un galet ricochant au contact de l’onde scintillante. Personne ne pouvait nous arrêter quand nous étions dans cet état. Notre soudain instinct était celui-ci : d’aller aussi loin que nos jeunes corps d’adolescents pouvaient supporter le rythme. Dès que nous arrivions à la limite de notre endurance, nous stoppions net et nous nous arrêtions en nous laissant dériver calmement par le courant marin.

Je me rappelai avoir fermé les yeux, pour profiter pleinement du clappement de la mer contre notre canot. Comme le soleil était déjà bien haut à cette heure, il n’hésita pas à caresser ma peau par ses rayons revigorant. Tranquillement, je commençai à sombrer dans un délicat songe. Il m’appela à cet état de paix.

Réouvrant à demi mon œil gauche, je pus constater que mon frère avait eu la même idée : profiter de ce petit plaisir que peut offrir la vie.

Je ne sus combien de minutes exactement nous somnolâmes, mais lorsque mes paupières se soulevèrent, un brouillard opaque nous entourait. Mon premier réflexe fut de donner un léger coup de pied à mon petit frère pour le réveiller. Chose faite, il s’étonna également du changement soudain de décor. Partout, cette substance épaisse rôdait et nous observait. Nous avions l’impression que son seul objectif fut d’embrouiller notre vue afin de nous faire échouer contre un récif ou pire, sans visibilité qu’un bateau nous percuta. Nous nous regardions, la bouche ouverte, le regard dépassé par les événements, ne sachant pas quoi faire exactement. La peur monta en nous. Seules, les eaux profondes étaient restées telles que nous les avions quittés : impassibles et calmes.

Quelques minutes s’écoulèrent, avant que ma décision fut d’attraper la pagaie devant moi et de commencer à nous sortir de ce piège. Mon frère, immédiatement, me rejoignit sur ma lancée. Nous battions de toutes nos forces nos rames contre l’océan. Soufflant et essayant de garder cette cadence de navigation, nous nous exhortâmes mutuellement à l’encouragement afin de nous donner du moral. Cependant, pour ajouter un défi supplémentaire à notre tâche, l’océan commença à s’agiter. L’écume nous gicla aux visages, lorsque dû à notre vitesse, le canoë fracassa les vagues en colère du changement de tempo qui s’opérait à la surface.

Les minutes s’étirèrent sans que nous puissions voir la fin de cet abîme brumeuse… Au stade où nous en étions arrivés, un navire fantôme tirait de légende des siècles passés pouvait apparaître, nous resterions stoïque, et nous lui aurions accordé aucun regard, car notre absolu désir de sortir de ce cauchemar resterait inchangé.

La fatigue commença à se ressentir quand un bruit assourdissant, perça et dissipa la brume. Un porte-conteneurs apparut devant nous, à moins d’un mile de notre position. Cette colossale masse d’acier était à l’arrêt, bien ancré à la sortie du port. Nous pouvions voir qu’il croulait sous sa cargaison. Il avait sûrement dû arriver ce matin de bonne heure, car les containers n’avaient pas été déplacés.

Le soulagement et la surprise nous prirent, nous étions si heureux d’avoir échappé à ce voile ténébreux. Nous nous prîmes soudainement dans nos bras. Nos intenses émotions redescendirent doucement, cependant nous fûmes restés perplexe quant à la distance parcourue. Nous avions dérivé de plusieurs kilomètres, jusqu’à la capitale.

Nous décidâmes de rebrousser chemin et lorsque nous aperçûmes enfin la maison, avant que le soleil n’embrasse l’horizon, nous vîmes que nous étions sauvés. Au moment où nos pieds touchèrent terre, nous nous dîmes, que la prochaine fois que nous déciderions de nous assoupir, l’un de nous deux devra rester éveillé pour surveiller le climat capricieux de l’océan Indien.

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